Daniel Perron, ou l’Obélix de la chanson traditionnelle

Biographie

Né à Montréal le 23 mars 1965, Daniel Perron est considéré comme l’« Obélix de la chanson traditionnelle ». Il est tombé dans la potion lorsqu’il était petit. Sa mère agit comme mentor et lui transmet la majorité de son répertoire. Dès 1994, Daniel se produit sur scène, notamment, avec La Souvenance traditionnelle, Héritage familial et Grav’Ô Portes.

Daniel est en contact avec sa région d’adoption dès son jeune âge. Son grand-père, son oncle et, plus tard, ses parents, possèdent un chalet à Saint-Jean-de-Matha. Lui-même y réside depuis 1980. Dès l’adolescence, Daniel exerce plusieurs métiers (classeur de bois franc dans un moulin à scie, agent de sécurité) avant d’être directeur d’usine pour une compagnie de portes et fenêtres, un poste qu’il occupe depuis 17 ans.

Apprentissage et transmission

À son retour  de l’école, Daniel entend toujours sa mère (Thérèse Côté) chanter. Le petit Daniel l’écoute et mémorise ses chansons. Pour l’aider, sa mère les recommence et il chante avec elle. La transmission étant uniquement à l’oral, Daniel développe une technique de mémorisation par des images mentales. « J’ai toujours visualisé mes chansons. » Il voit les personnages de sa chanson comme dans un roman. Quand il chante, il voit sa mère, ensuite, il se voit chanter avec elle, et il revient à l’histoire de la chanson. Son truc : garder le focus et voir son film dans sa tête. Daniel peut chanter cinq à quinze fois, en ligne, la même chanson pour la mémoriser.

Daniel Perron se souvient des fêtes spontanées, avec les membres de sa famille, au camp familial de Saint-Jean-de-Matha. Tous les enfants vont se coucher en haut, tandis que le party vire en bas. Des chansons à répondre se font entendre une à la suite de l’autre. Le petit Daniel se sauve de sa couchette pour écouter les plus vieux. Son oncle Jean-Claude l’aperçoit assis dans les marches et lui demande de chanter des chansons. Il a sept ans et a la chance de participer à la veillée des adultes. Privilégié, il écoute et mémorise tout : « J’enregistrais pas juste la chanson. J’enregistrais les faits, les mimiques, la passion qu’i[ls] avaient de chanter, la façon de faire, de gesticuler, de vivre leur folklore. »

Très jeune, Daniel pratique la chanson traditionnelle intensément. Au début de l’adolescence, son intérêt dévie vers Offenbach, Paul Piché et Robert Charlebois. À ce moment, il lui manque quelque chose, comme s’il avait une grande soif. À 16 ans, l’amour du folklore lui revient de plein fouet. Sa mère l’amène, alors, à se surpasser. À cet instant, la fusion s’opère. Il assimile d’innombrables chansons. Elles s’imprègnent toutes dans sa mémoire. Daniel Perron continue toujours à multiplier son répertoire.

La transmission de son héritage familial passe beaucoup par la diffusion de ses albums. Quelques groupes et artistes ont repris de ses chansons. Dans la famille, son fils Dany est sa principale relève. Il connaît une centaine de chansons de son répertoire. Ses neveux et nièces chantent également de ses chansons.

Contexte de pratique

Daniel commence à chanter devant public dans une cabane à sucre à l’âge de cinq ans avec une chanson énumérative, Mon père n’a plus que 5 poulets. Plus de 75 personnes sont rassemblées à cette occasion. Après avoir chanté sa chanson, les gens, en arrière, disent : « On l’a pas entendu. On l’ voit pas. » Sa mère prit aussitôt une chaise et mit Daniel au milieu de la place, debout sur la chaise. Suite à cette première expérience, les gens lui demandent de chanter à nouveau sa chanson. Sa mère lui dit : « Il faut que t’en apprenne d’autres là. » Il apprend donc des chansons caractéristiques de ses parents : Dimanche à la veillée, Sur la rue Saint-Urbain, J’ai descendu à l’ombre.

Toutes les occasions sont bonnes pour chanter : épluchettes, noces, fêtes calendaires, etc. Les temps des Fêtes de sa jeunesse sont imprégnés dans sa tête comme un film. Sa grand-mère maternelle habite un logement 3½ à Montréal où elle reçoit sa famille (35 personnes) pour le dîner du jour de l’An. Après le repas, « ça enlevait les tables, les bottes dans le bain, les manteaux sur le lit, ça faisait une montagne. » Ensuite, les chaises sont placées en cercle (ou ovale) dans la cuisine et dans le salon.

La chanson traditionnelle se pratique exclusivement en famille. Daniel se plait à revoir sa mère et sa parenté heureuses de chanter. Un jour, il se dit : « Moi aussi, j’ai le droit. J’aimerais ça bien feeler comme ça. Veux, veux pas, tu te déhanches un peu pis tu tapes du pied pis tu réponds aux chansons. » Pour lui, la pratique de la chanson traditionnelle est beaucoup plus que du plaisir. Elle représente des souvenirs familiaux, son enfance et la vie de sa parenté. « C’est plus qu’un amour, c’est une passion, un mode de vie. »

Aujourd’hui, Daniel chante à l’occasion du temps des fêtes, de soirées familiales, de baptêmes, autour d’un feu de camp, pendant des trajets en automobile avec son fils et, bien sûr, en concert. Daniel Perron se produit sur scène dans de nombreux festivals et événements de tout genre à travers le Québec et l’Ontario, avec les groupes La souvenance traditionnelle, Héritage familial et Grav’Ô Portes.

Répertoire

Daniel Perron estime son répertoire à près de 500 chansons. Parmi celles-ci, de 200 à 300 chansons proviennent du répertoire familial. Son grand-père, Paul Côté, revient des chantiers avec les poches pleines de chansons. Ses arrière-grands-parents Bazinet possèdent aussi un imposant répertoire. Daniel puise également des chansons auprès de sa belle-famille.

Daniel est attiré par les chansons, lente ou dynamique, qui ont de la vie, une histoire à raconter. Par exemple, La complainte du jour de l’An, une chanson de table qui rappelle la force des liens familiaux, l’éloignement des mauvais sorts de la dernière année et la chance d’en avoir une meilleure. Elle est chantée, en trio, par sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère, et maintenant par lui, à tous les repas du jour de l’An.

Interprétation

La pratique de la chanson traditionnelle de Daniel Perron est ritualisée par des gestes lui permettant de demeurer ancré dans ses racines familiales. Avant de chanter, Daniel repasse toujours le début de sa chanson et pense à la personne de qui il l’a apprise. Pour lui, c’est une marque de reconnaissance, de respect et de confiance. Ses prédécesseurs l’habitent et lui donne la confiance dont il a besoin pour chanter ses chansons.

Au début de l’âge adulte, Thérèse Côté (sa mère) lui prodigue plusieurs conseils d’interprétation : « Vie tes chansons, vie tes émotions, rentre dans ton texte. […] Une chanson à répondre, c’est comme l’eau qui coule dans un ruisseau. Empêche pas l’eau de couler, pis laisse-la couler, pis suit le courant. »

Daniel chante debout, en bougeant, en dansant et en mimant ses chansons. Il a besoin de voir le monde, exactement comme sa mère. « Ma mère vie à travers moi. Je l’ai appris de même. »

Faits marquants de sa carrière

Daniel Perron débute une carrière en chanson traditionnelle grâce à sa rencontre avec Jean-Claude Mirandette et Jean-Paul Loyer. Les deux acolytes invitent Daniel à participer à un spectacle de la Saint-Jean-Baptiste, en 1994, au Parc Bosco devant huit à dix milles personnes. Plusieurs artistes participent à ce spectacle : Jean-Claude Mirandette, Jean-Paul Loyer, Gaston Lepage, Éric Beaudry et Denis Violetti. À ce moment, il pogne la piqûre. Jean-Claude et Jean-Paul lui propose de faire un album (Héritage familial, 1996).

L’amorce de sa carrière de chanteur coïncide avec les débuts du Festival Mémoire et Racines. À l’été 1996, il est invité à participer aux ateliers de chanson du festival. À une édition subséquente, il prend part à un atelier en « Hommage à Gilles Cantin ». Sa carrière est lancée. Par la suite, il forme les groupes La Souvenance traditionnelle, Héritage familial et Grav’Ô Portes (actif depuis 2006). En 23 ans de métier, il participe à la production de sept albums et enregistre plus de 80 chansons. Il souhaite que ce répertoire inspire la relève.

Un fait est à noter dans sa carrière. Daniel Perron remporte le Grand championnat canadien de chanson à répondre, à Noelville (près de Sudbury, Ontario), en 1998, avec la chanson Tiens ben le robinet. Il se fait accompagner par les musiciens de La Souvenance traditionnelle, Rémi Laporte et Martin Lévesque, avec lesquels il est en tournée.

Sa mère lui a toujours dit d’atteindre les gens en se donnant à 100 % et en vivant son folklore avec son cœur : « Ta voix, il faut qu’elle sorte de ton cœur, de tes entrailles. Ta passion, partage-la. » C’est ce qu’il fait.

« Ma mère, c’était tout un monument. »

J’ai rédigé cet article dans le cadre d’un projet sur « La pratique de la chanson traditionnelle dans le nord de Lanaudière » du Centre régional d’animation du patrimoine oral de Lanaudière. Une synthèse de ce texte est diffusé au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Répertoire – Enregistrements sonores

Cliquez sur le lien ci-bas pour entendre ses chansons.

 

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