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« Créer, s’approprier et partager une collection de traditions orales en Nouvelle-Acadie » Lire la suite

Marielle Roy œuvre à la sauvegarde et à la transmission de la coutume de la fête et de la fabrication de la tire Sainte-Catherine à Sayabec dans La Matapédia. Dès l’âge de quatre ans, Marielle participe à la fabrication de la tire avec sa mère. Depuis 25 ans, elle prend part à la confection de ce bonbon traditionnel de façon communautaire avec une quarantaine de femmes de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (Afeas) de Sayabec. Cette activité de financement permet de confectionner environ 22 000 bouchées de tire par année. La fabrication collective se fait sur deux jours dans une ambiance festive. Chaque femme a une tâche d’attitrée, en passant par le mélange de la recette, la cuisson, le refroidissement, l’étirement, la coupe et l’emballage.

À l’occasion de la Fête de la Sainte-Catherine, une soirée Bingo est organisée où l’on offre un sac de tire à plus de 200 participants. Le succès de la fête est sans aucun doute le fait qu’elle soit intergénérationnelle et bien implanté dans le milieu depuis un demi-siècle.

Marielle Roy était présidente de l’Afeas de Sayabec lors de notre rencontre en 2013.

Ce texte est un résumé de l’entrevue réalisée par Philippe Jetté, en collaboration avec Marc-André Complaisance, le 3 juin 2013 dans le cadre de l’Inventaire du patrimoine immatériel de la MRC de La Matapédia pour la Société d’histoire et de généalogie de La Matapédia.

En savoir plus : Fiche au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Découvrez cette mobilisation collective au service de la tradition [vidéo]

Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une tasse faite d’une loupe d’arbre.

FABRICATION ET PRODUIT
Le défi de cette pratique est la cueillette de nœuds (loupes) de bouleau blanc[1], aussi appelés tétons. On retrouve cette formation (dure), propice à la fabrication de « cup », au pied de l’arbre, sur les racines, ou sur le tronc. La loupe est reconnaissable par ses racinettes. Ensuite, la « cup » extraite de l’arbre est humidifiée avant d’être sculptée. Plusieurs « gosseux » expriment leur créativité en faisant prendre à la « cup » la forme d’un animal ou d’un objet. Aussi, ils peuvent y graver un animal ou des écritures. La finition comporte le séchage, le sablage et le vernissage ou l’huilage. Une cocotte ou une pièce de bois percée et fixée à la « cup » avec une lanière de cuir sert à accrocher la tasse à son ceinturon. Celle-ci a pour fonction de puiser l’eau directement dans une source ou un cours d’eau. Avec le temps, elle est aussi devenue un objet décoratif convoité par les collectionneurs. Plusieurs appellations font écho à la « cup » : louche, tasse de rivière, tasse de canot, tasse de voyageur ou « canoe cup ».

Pitons et racinettes sur une loupe de bouleau.

CONTEXTE ET TRANSMISSION

Le « gossage de cup » s’apprend par observation. M. Jean-Louis Roy, de Mandeville, guidait les Américains à la pêche dans la Mastigouche. Il se souvient : « La mode dans les camps de pêche, c’était de jouer aux dames. Les gars étaient assis bien tranquillement à regarder la partie avec une gouge et une cup à la main. Ils gossaient d’un bord pis de l’autre. » Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une coupe (tasse) faite d’une loupe d’arbre. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées. L’épaisseur de la « cup » est testée avec les doigts. Son secret : toujours tenir la « cup » humide tant qu’elle n’est pas terminée. D’autres « gosseux » ont le secret inverse : bien faire sécher la « cup » avant de la sculpter.

Jean-Claude et Jacques Martial découvrent le gossage de cups avec Jean-Louis Roy lors d’un tournage.

MAIS D’OÙ VIENT CETTE TECHNIQUE?

L’origine du « gossage de cup » est encore inconnue. Le Musée McCord collectionne quelques coupes en loupe d’arbre. La plus ancienne, datée par le musée, remonterait à 1807. Elle proviendrait des Abénaquis. D’ailleurs, deux écoles de pensée en attribuent l’origine aux Premières Nations. Il semblerait qu’ils se gossaient une tasse pendant leurs expéditions de canot pour passer le temps le soir venu. Une autre version rapporte que les Amérindiens s’arrêtaient lors de leur portage afin de prendre le thé à même une tasse qu’ils avaient fabriquée. Au 20e siècle, les cups étaient notamment sculptées par des garde-feux, des chasseurs et des guides de pêche. Souvent, ceux-ci s’en servaient pour leur usage personnel ou encore pour les offrir aux Américains venus pêcher dans les rivières et les lacs du Québec. Plus loin de nous, en Laponie, une tasse en bois, nommée kuksa, est aussi évidée dans une loupe de bouleau.

« Cups » de Jean-Louis Roy

[1] L’essence de bois à privilégier pour « gosser une cup » est le bouleau blanc. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées.

Par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant et chargé du projet « Pour la suite du geste… rassemblons-nous ! » de la MRC de D’Autray, le 5 septembre 2017.

RÉFÉRENCES

FILM

Mon travail de médiateur du patrimoine vivant dans ma communauté est celui de catalyseur entre les porteurs de tradition, les citoyens et les acteurs du milieu.

Le développement du patrimoine vivant m’interpelle au plus haut point pour son potentiel novateur, mobilisateur, rassembleur et de mieux-être pour nos collectivités. Mon rôle est de souffler sur la braise afin de faire jaillir un bûcher où la communauté se rassemble pour célébrer, pratiquer et transmettre ses traditions.

Je vois, pour l’avenir, une communauté fière de ses racines et de ses traditions, avec un fort sentiment d’appartenance. Les gens se rassembleront en famille et en communauté pour chanter, danser et « popoter » leurs traditions, pour les générations actuelles et futures. Bref, une communauté heureuse et en santé grâce au plaisir de la tradition.

Dans le domaine du patrimoine vivant, le climat de confiance et les relations humaines sont au cœur de l’intervention. Ces relations durables nous accompagnent tout au long de notre vie et de notre carrière. Ces bases sont les racines de l’arbre qui fleurira à force d’être nourri.

Nos interventions s’inscrivent dans une démarche de développement durable. Le but est de permettre la continuité d’une ou de plusieurs traditions en assurant la transmission à une relève. Le succès de la démarche dépend de ce que l’on inspire aux gens qui apprennent, transmettent et pratiquent la tradition de même qu’aux partenaires.

Mes rencontres avec des dizaines d’héritières et d’héritiers de la tradition sont une source d’inspiration pour moi dans mon quotidien. Les gens me donnent accès à leur trésor, à leur vie intime. Souvent, sans être conscients de la richesse qu’ils portent en eux. Ils me racontent des choses qu’ils n’avaient jamais discutées auparavant et font des prises de conscience face à leur propre tradition et à l’importance de la sauvegarder. Ce geste du partage les valorise et leur permet de laisser un héritage à leur famille et à leur communauté.

Les échanges encourus alimentent mes projets et mes recherches, sans parler de mon expertise. Ils me permettent de bien cerner le contexte de pratique des traditions et de récolter des idées d’actions afin de bien intervenir pour la continuité des traditions vivantes. Ces rencontres fascinantes me donnent le goût de poursuivre et de redonner à la collectivité mes découvertes extraordinaires, dans la simplicité de la tradition.

Pour moi, la personne est au cœur de l’action !

Philippe Jetté

En juillet dernier, au sein de l’Espace culturel Jean-Pierre Ferland de Saint-Norbert, le concept de patrimoine vivant et la documentation des savoir-faire traditionnels ont été décortiqués en profondeur par les participants à la formation Devenez un archéologue de vos traditions, une initiative de la Municipalité régionale de comté (MRC) de D’Autray dans le cadre du Laboratoire inclusif du projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous!

Tout au long de l’activité, Philippe Jetté, intervenant en traditions vivantes s’est assuré de transmettre ses connaissances et sa passion aux gens présents. L’objectif de cette démarche collective est tout mettre en place afin de permettre la pérennité du fléché, du tissage et du gossage de cups, trois pratiques traditionnelles caractéristiques du territoire d’autréen.

« La formation, suivie par dix personnes, offrait l’opportunité de monter un projet de documentation et de diffusion par des exercices concrets tout au long de la journée. L’idée d’impliquer la communauté dans une démarche de documentation et de diffusion collective vise à favoriser la connaissance et à promouvoir les savoir-faire traditionnels à développer ainsi qu’à mettre à l’honneur les porteurs de traditions du territoire d’autréen. J’ai bon espoir que les participants contribueront à cet effort collectif de sauvegarde », a-t-il soutenu par la voie d’un communiqué de presse.

La formation du 14 juillet dernier et l’accompagnement personnalisé représentaient les premières étapes du volet Laboratoire inclusif du projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous! La création d’une banque de transmetteurs, une journée d’échange avec des praticiens atikamekw et des actions favorisant la promotion des savoir-faire devraient également faire partie de la programmation à venir.

Les citoyens souhaitant s’investir dans la démarche sont invités à manifester leur intérêt auprès du service de développement culturel de la MRC au 450 836-7007 poste 2528 ou par courrier électronique à culture@mrcautray.qc.ca.

Cette initiative culturelle visant à accompagner la population dans la prise en charge de leurs traditions découle d’une entente liant la MRC de D’Autray au ministère de la Culture et des Communications. La présentation de la formation a été rendue possible par un appui financier de Culture Lanaudière ainsi que par l’Espace culturel Jean-Pierre Ferland.

Vers une action municipale profitable

Le Conseil québécois du patrimoine vivant et le ministère de la Culture et des Communications ont dévoilé, cette semaine, un guide à l’intention des municipalités intitulé « Le patrimoine immatériel, pour la vitalité culturelle locale ». Cet outil explique aux administrations municipales (municipalités et MRC) le concept de patrimoine immatériel (vivant), en plus de donner des exemples d’actions pour soutenir le développement des éléments de la culture traditionnelle. Téléchargez le guide gratuitement en ligne !

Le lundi 19 juin dernier, l’église de Saint-Norbert a accueilli une quarantaine de personnes avides de connaître les étapes à venir pour le projet culturel Pour la suite du geste… rassemblons-nous!, mis sur pied par la Municipalité régionale de comté (MRC) de D’Autray. Lors de trois consultations tenues en mai, plus de 50 savoir-faire en lien avec l’artisanat traditionnel avaient été identifiés par des citoyens.

Dès l’automne prochain, la population pourra prendre part à plusieurs activités de transmission de savoir-faire liées au tissage, au fléché et selon le terme traditionnel, au gossage de cup. En plus de favoriser leur connaissance, le but de la MRC derrière cette initiative est de créer et de rendre accessible des espaces de pratique et de transmission dans les trois pôles du territoire.

En premier lieu, les participants auront l’occasion d’être au fait des notions sur l’histoire de chaque pratique. Ensuite, il y aura présentation d’une série d’ateliers d’exploration et d’initiation. Pour le tissage et le fléché, les promoteurs prévoient s’associer avec des organismes du milieu. Pour ce qui est du gossage de cup, il s’agit d’une pratique identitaire principalement associée à la municipalité de Mandeville. Quelques artisans maîtrisant la technique sont encore actifs. Une cup est faite à partir de bois sculpté, dont les noeuds servent à former une anse, menant ensuite à l’apparence d’une tasse, d’où l’origine de son appellation familière. Les gens qui s’adonneront aux ateliers sauront identifier et recueillir les noeuds, affûter des gouges et concevoir une cup.

D’ici le déploiement des activités en septembre 2017, la MRC compte poursuivre sa quête de porteurs de tradition et identifier des actions de mobilisation rejoignant les gens de tout âge. L’idéation et le développement des outils de communication sont aussi à l’ordre du jour.

Vous souhaitez connaître les savoir-faire ciblés et les actions à venir de Pour la suite du geste… rassemblons-nous? Vous n’avez qu’à cliquer sur l’hyperlien suivant : Présentation du projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous.

Pour la suite du geste… rassemblons-nous! est réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Québec et de la MRC de D’Autray dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel 2017. Philippe Jetté, médiateur culturel et intervenant en traditions vivantes assure également une collaboration.

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Source : Sébastien Proulx, agent de communication, MRC de D’Autray

Plus de 50 personnes ont participé aux trois consultations publiques visant à planifier le projet « Pour la suite du geste… rassemblons-nous! ».

Des suites de trois consultations citoyennes, tenues au cours du mois de mai, la Municipalité régionale de comté (MRC) de D’Autray se dit prête à dévoiler les actions à venir en lien avec son projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous! Plus de 50 participants y ont livré leurs opinions et leurs connaissances sous l’oreille attentive de Philippe Jetté, médiateur culturel et intervenant en traditions vivantes et Marie-Julie Asselin, agente de développement culturel de la MRC. Lire la suite

Philippe Jetté est un jeune homme qui a sur ses épaules et dans son coeur le patrimoine vivant, porteur des traditions, celles de la Nouvelle-Acadie, ce lieu de la région de Lanaudière qui rassemble les municipalités de Saint-Jacques, Saint Liguori, Saint Alexis et Sainte-Marie-Salomé, toutes fondées par des Acadiens de la déportation. Son but est donc de mettre en valeur la richesse collective de la Nouvelle-Acadie1 ainsi que les gens qui la portent et la transmettent. N’est-il pas notre troubadour contemporain dont nous sommes fiers? Mais sa vision et son engagement sont beaucoup plus grands…

« Je suis né dans le Ruisseau Saint-Georges, premières terres des Acadiens en Nouvelle-Acadie, à Saint-Jacques, une communauté fondée par des Acadiens de la déportation. Je suis cultivé en fonction du sol. Je suis Acadien, nous sommes Acadiens. C’est plus fort que moi, je dois cultiver le sol de mes ancêtres pour garder vivante notre mémoire collective, nos traditions. Plus le temps avance, plus j’ai espoir pour l’avenir. Je ne suis pas seul à prendre soin du sol. Ensemble, nous ferons fleurir cette belle et grande Nouvelle-Acadie.

Je m’intéresse aux pratiques traditionnelles pour ce qu’elles procurent. J’ai le sentiment d’être en continuité avec les porteurs de traditions qui me les ont transmises, mais aussi avec ceux qui les ont portées avant eux. Je colporte fièrement leurs danses, leurs chansons ou leurs airs de musique. Je me fais un ambassadeur de leur héritage. Évidemment, ça m’apporte beaucoup de plaisir. »

Exploration et mise en valeur des traditions de la Nouvelle-Acadie

« Mon projet vise à créer et à diffuser deux conférences-spectacles participatives; une destinée au jeune public (8-12 ans) et l’autre, au grand public. J’ai également comme objectif la présentation d’un atelier de transmission de chansons de tradition orale présentant le répertoire de la Nouvelle-Acadie. Pour ce faire, j’analyserai des textes de chansons afin de saisir, entre autres, le sens des paroles et leurs symboliques datant souvent du Moyen Âge. Ce processus permettra par ailleurs de poursuivre la documentation de la pratique de la chanson et de la musique traditionnelles auprès de porteurs de traditions et de détenteurs d’archives (enregistrement de veillées, etc.).

Mes conférences-spectacles et mon atelier de transmission, proposés dans les réseaux scolaires et bibliothèques ainsi que dans des lieux de diffusion de spectacles et de conférences, soutiendront ma démarche participative et inciteront les jeunes à s’ouvrir à un monde culturel et à une transmission de patrimoine. Ma présence sera constante dans Lanaudière et s’élargira dans différentes régions du Québec et dans le grand réseau acadien international. Je suis accompagné dans ma démarche par des maîtres québécois de la tradition orale et des arts de la scène : Michel Faubert, Robert Bouthillier, Danielle Martineau et Marie-Claire Séguin. »

Tout ce travail et cette implication se marient bien avec les 40 ans, cette année, du groupe Les Petits Pas Jacadiens dont Philippe Jetté est le président. Un organisme à but non lucratif qui oeuvre à la valorisation, la transmission, la promotion et la diffusion de la danse, de la gigue traditionnelle québécoise et acadienne. Rêvons avec lui d’un projet rassembleur pour le développement collectif et durable de la pratique de la danse traditionnelle dans nos communautés. « Câller la veillée chez-vous! »

C’est la culture, la valeur première d’un peuple.
Celle qui le fait avancer.
Bernard Landry,
ancien premier ministre du Québec

« Je vois pour l’avenir une communauté fière de ses racines et de ses traditions, avec un fort sentiment d’appartenance à la Nouvelle-Acadie et à l’Acadie du monde. Les gens se rassembleront en famille et en communauté pour chanter, danser et popoter des chansons, des danses et des recettes traditionnelles. Bref, une communauté heureuse et en santé grâce à son patrimoine. »

Philippe Jetté est un des personnages principaux du documentaire Les Acadiens du Québec : Lanaudière, mémoire vivante d’Acadie, réalisé par Phil Comeau. Il est le descendant d’une famille de premiers Acadiens : sa grand-mère Hélène Gaudet, et son grand-oncle, Jean-Paul Gaudet, qui tenait jusqu’à sa mort le magasin général dans le Grand rang, et qui est décédé à l’âge de 93 ans et 6 jours. Lire la suite

Heureux hasard de circonstance, l’équipe Hexagone propose comme coup de cœur de décembre et janvier l’« accordéoneux » Philippe Jetté. Les intérêts et la passion de ce talentueux musicien ne s’arrêtent pas à ce bel instrument et nul besoin de spécifier qu’il n’attend pas à la période des fêtes pour plonger tête première dans le patrimoine vivant. Ce sont à la fois sa générosité et les multiples moyens de transmission qu’il utilise qui ont retenu l’attention du  jury.
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