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En décembre 2016, le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière (CPVL) s’est vu obligé de cesser ses activités, faute de soutien financier qui aurait permis la sauvegarde de l’organisme dédié à mettre en valeur et à transmettre la richesse et l’importance culturelle des traditions de Lanaudière. Aujourd’hui, l’OBNL souligne le travail des citoyens ayant permis la réalisation de ses grands projets.

Fondé en 2008 à Saint-Côme, le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière avait pour mission de mettre en valeur, de faire connaître et d’assurer la transmission des facettes actives de son patrimoine vivant, notamment la chanson traditionnelle. En misant sur des activités fédératrices et porteuses, le CPVL a été un vecteur principal de démocratisation des traditions québécoises, en mettant en valeur le patrimoine vivant et en le rendant accessible à l’ensemble de la population.

Au fil des années, de nombreuses initiatives ont été réalisées afin de partager et d’immortaliser des savoir-faire ancestraux, grâce à un travail de visibilité du patrimoine vivant. Parmi ces initiatives, mentionnons notamment :

  • La création de l’album Saint-Côme peut vous en chanter

Cet album met en vedette plus de 21 chanteurs de tradition orale du village de Saint-Côme. Chapeautée par le CPVL, cette initiative a servi de moyen de financement pour l’organisme tout en créant un sentiment d’appartenance et d’enracinement dans la communauté.

 

  • La continuité de la Grande fête du chant traditionnel de Lanaudière

En collaboration avec le Centre régional du patrimoine oral de Lanaudière (CRAPO), cet événement annuel majeur, ayant eu lieu de 2009 à 2016, a célébré la richesse de la chanson traditionnelle en soulignant l’apport de porteurs de tradition lanaudois à la transmission de ce répertoire. Le CPVL décernait le Prix Rossignol d’argent à un porteur de tradition pour la transmission de son répertoire et le Prix Nid d’hirondelle à la municipalité du porteur honoré.

 

  • La conception de l’atelier « Avez-vous le patrimoine vivant ? »

Animé par un médiateur en patrimoine vivant, accompagné par un musicien traditionnel, cet atelier a servi d’outil d’intervention efficace et polyvalent pour sensibiliser les citoyens et les élus à la richesse et à la diversité du patrimoine vivant.

 

  • La réalisation du documentaire Le Chemin des savoirs, escale à Saint-Côme

Ce documentaire québécois de 80 minutes, réalisé par Pierre-Alexandre Saint-Yves en 2012, s’est vu décerner le prix annuel du Centre Mnémo. Mettant en lumière les savoirs propres au village de Saint-Côme, le film présente quatre facettes de la tradition vivante du Québec : la chanson de tradition orale, la légende du Joual Marion, ou l’utilisation d’un surnom pour identifier quelqu’un d’extraordinaire, la danse traditionnelle et la sculpture sur glace.

 

  • La mise sur pied du projet Transmission

Le projet Transmission a offert à six artistes, artisans et intervenants culturels de Lanaudière une formation de 400 heures en médiation du patrimoine vivant. De plus, le projet a permis la documentation du savoir-faire traditionnel ainsi que la réalisation de nombreux ateliers de sensibilisation élaborés aux quatre coins de Lanaudière.

 

  • La production d’une série de courts métrages baptisés Le chant du monde

Ces vidéos documentaires mettant en vedette la chanson de labeur, la chanson à bercer, une balade et des chansons à répondre, ont servi de panneaux d’interprétation à la pratique de la chanson traditionnelle, au cœur du village de Saint-Côme.

 

  • La réussite de La Caravane Trad.

Mandaté par le ministère de la Culture et des Communications et la Conférence régionale des élus de Lanaudière (CRE), le CPVL a créé, produit et diffusé ce spectacle alliant performance théâtrale et multimédia ainsi que des ateliers interactifs d’initiation à des savoir-faire lanaudois.

 

Le CPVL a également déposé l’intégralité de ses archives à l’organisme Archives Lanaudière, dont la mission est de préserver les fonds et collections d’archives historiques de la région de Lanaudière et de ses habitants. Cette action essentielle a permis au CPVL de laisser une trace tangible de ses activités et de la documentation réalisée auprès de plusieurs porteurs de traditions pour les générations actuelles et futures. Certains porteurs sont désormais décédés, mais survivront au temps grâce à ce travail.

Cet imposant travail identitaire régional n’aurait pas été possible sans le soutien indéfectible des décideurs locaux, de plusieurs intervenants du milieu ainsi que de la population ayant à cœur la transmission, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine vivant de la région.

L’importance du patrimoine vivant dans une politique culturelle intégrée

Aujourd’hui, la sauvegarde et le développement durable des traditions vivantes au Québec sont grandement menacés, faute de ressources financières adéquates pour offrir aux organismes, comme le CPVL, les moyens de réaliser leur mission. Le patrimoine immatériel est pourtant conçu comme un vecteur d’action culturelle et de transmission, il ne doit pas seulement représenter un acte de commémoration historique ou symbolique. Le soutien au fonctionnement des organismes dédiés au patrimoine vivant est donc essentiel. Cette réalité a même été soulevée dans le document Recommandations pour l’élaboration d’une stratégie nationale pour le patrimoine immatériel (ou vivant) au Québec (2021), réalisé par le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV). Le Plan d’action gouvernemental en culture 2018-2023 confirme cet état de fait. En 2021, si la valeur patrimoniale d’une pratique ou d’un savoir-faire traditionnel est officiellement reconnue, il convient désormais d’agir pour en assurer la pérennité. La Loi sur le patrimoine culturel, entrée en vigueur en 2012, a incorporé le patrimoine immatériel comme composante essentielle du patrimoine culturel des Québécois. Elle s’est inspirée pour cela de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, qui vise la pérennité des pratiques et des savoirs transmis de génération en génération grâce, notamment, à des changements dans les politiques publiques nationales.

Les acteurs du CPVL souhaitent conscientiser la population, ainsi que les instances gouvernementales, à l’importance du patrimoine immatériel dans une politique culturelle intégrée. La sauvegarde et le développement durable des traditions vivantes au Québec sont menacés. Oeuvrons ensemble et faisons entendre nos voix pour les préserver. Aussi longtemps que notre patrimoine est vivant, il est la garantie qu’une communauté est culturellement distincte et respectée, tant dans le présent que dans l’avenir.

À propos du Centre du patrimoine vivant de Lanaudière

Le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière était un organisme à but non lucratif créé en 2008, à titre d’entreprise d’économie sociale, basée à Saint-Côme, dans Lanaudière. L’objectif du centre était de sauvegarder et développer les pratiques traditionnelles lanaudoises, offrant un service d’intervention de qualité en matière de patrimoine vivant pour la communauté locale et le milieu lanaudois. Cet organisme culturel rassembleur était porteur d’une vision innovante dans le domaine. La mission du centre était de mettre en valeur la richesse et l’importance culturelles du patrimoine vivant de Lanaudière, de soutenir les mécanismes de transmission et d’actualisation des traditions et des savoir-faire en mettant l’accent sur le respect des valeurs et la portée identitaire de l’héritage culturel des Lanaudois, de développer et de consolider l’expertise professionnelle dans le domaine du patrimoine vivant dans Lanaudière ainsi que de développer et d’offrir à différents publics une expérience culturelle et touristique unique et de qualité. Le CPVL était membre du Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV).

L’origine des jeux de cartes remonte au VIIe et VIIIe siècle en Chine et vers 1380 en Europe. Le temps des Fêtes est un excellent moment pour jouer aux cartes en famille. Je vous présente le jeu « La pisseuse » transmis par William Savignac (4e année) à ses camarades de classe le 9 mars 2021. Il l’a appris de sa mère Audrey Mondor qui elle le tient de sa grand-mère. Ce jeu est aussi nommé « Dame de pique » et « La vieille fille ».

La pisseuse

Règles et déroulement
Le jeu se joue en équipe d’environ cinq personnes. S’il y a plus de participants, on ajoute un autre jeu de cartes à la partie.

1- Enlever les Joker et la Dame de trèfle du jeu.
2- Distribuer l’ensemble des cartes aux joueurs. Une carte est distribuée à un joueur, ensuite à l’autre d’à côté, ainsi de suite.
3- Rassembler ses cartes ayant une paire de numéro (tous les joueurs).
4- Discarter les cartes rassemblées (paires de numéro) au centre.
5- Faire « Am stram gram » pour déterminer celui qui va débuter la partie.
6- Piger dans dans le jeu du voisin de gauche une carte.
7- Rassembler et discarter les cartes paires de numéro.
8- La Dame de pique ne peut être discartée.
9- Continuer de piger dans le paquet de son voisin de gauche (en alternance) et de discarter jusqu’à ce que les joueurs aient discarté l’ensemble de leurs cartes.
10- Celui qui reste avec la Dame de pique perd la partie.
11- Le perdant brasse et distribue les cartes pour la partie suivante.

Découvrez d’autres jeux de cartes et d’autres jeux traditionnels en visitant l’exposition virtuelle « À la découverte des trésors de la Nouvelle-Acadie ».

Source : projet « À la recherche des trésors de la Nouvelle-Acadie » réalisé par Philippe Jetté à l’hiver et au printemps 2021 à l’École Saint-Joseph de Saint-Liguori dans le cadre du volet Une école accueille un artiste du programme La culture à l’école.

Les Petits Pas Jacadiens sont à la recherche d’archives familiales de gigue. L’organisme lance un appel à l’ensemble des familles lanaudoises pour découvrir, valoriser et transmettre le répertoire de pas de gigue pratiqué dans les chaumières lanaudoises.

« Nous sommes à la recherche de vidéos ou de photos où l’on voit des personnes pratiquer des pas de gigue. Si vous, votre grand-père, votre grand-mère, votre oncle, votre tante gigue ou giguait dans les fêtes de famille et que l’une de ses occasions a été captée en vidéo (sur VHS ou téléphone, par exemple), contactez-nous », lance Philippe Jetté, président de l’organisme. « L’objectif est de développer les connaissances liées à la pratique de la gigue dans Lanaudière », renchérit Charlotte Kelly, coordonnatrice du projet.

« À ce jour, aucun recensement de pas de gigue n’a été effectué dans Lanaudière », constate Philippe Jetté. « Nous ne connaissons donc pas le répertoire pratiqué transmis par tradition orale dans les familles lanaudoises. Nous demandons donc la contribution des citoyens dans cette démarche novatrice de documentation de pas de gigue. »

Information : projet@lespetitspasjacadiens.com ou 450 839-7527.

Rappelons que l’organisme Les Petits Pas Jacadiens a pour mission de valoriser, transmettre, promouvoir et diffuser la danse et la gigue traditionnelles québécoises et acadiennes.

Crédit : Guillaume Morin – Les Petits Pas Jacadiens.

Radio Renard a rencontré Philippe Jetté et Mélanie Boucher pour réaliser un épisode sur les « Jeux et comptines d’enfance ». Un épisode rempli de sujets très sérieux comme la marelle et l’élastique. Dans cet épisode, on parle aussi de l’importance des traditions vivantes et des façons de les valoriser dans notre quotidien.

Radio renard explore le mouvement sous toutes ses formes avec des experts de tous les domaines. Les discussions sont également disponibles en format podcast sur BaladoQuébec, Apple, Google, Spotify, Stitcher et YouTube.

Ça fait des mois que l’équipe de Renard cherche à comprendre comment retrouver, préserver et partager les jeux de notre enfance (les plus difficiles à retrouver sont ceux avec des comptines 🤯). Ils étaient heureux de s’entretenir avec Mélanie et Philippe, des experts du sujet!

Mélanie est une chanteuse lanaudoise, membre du groupe Les pas couchables et présidente de Tradons. Elle a aussi créé le camp de jour La P’tite semaine trad et anime des ateliers jeunesse pour partager des chansons, danses et jeux traditionnels. Son nouveau projet de recherche et de création porte sur la chanson traditionnelle de l’enfance, surtout celle qui accompagne la danse et le jeu.

Philippe est médiateur du patrimoine vivant, chanteur, accordéoniste et tapeux de pieds. Il collectionne et partage des éléments issus de la tradition orale québécoise et de la Nouvelle-Acadie : chansons, airs de musique, contes, danses, légendes, surnoms…

🎙️ Le podcast – radio renard – est disponible sur toutes les plateformes de baladodiffusion.

👉 La version vidéo et les notes sont aussi accessibles sur le site de Radio Renard : https://bit.ly/3rjNR9O.

Les élèves de 5e année de l’École primaire Saint-Joseph de Saint-Liguori ont partagé, à Philippe Jetté, plus de 20 expressions en une période le 30 mars 2021. Ces expressions proviennent en grande majorité de leurs parents. En voici une liste.

EXPRESSION Signification / Contexte ou occasion d’utilisation Prénom (élève) Nom (élève) Apprise de qui
On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire. Se dit lorsqu’on reprend un aliment tombé sur le plancher et qu’on le mange. Sédrick Bédard-Audet Linda Laferrière, sa grand-mère
D’ la marde pis des patates Se dit lorsqu’on demande « Qu’est-ce qu’on mange ? » Arnaud Dulong Josiane Tellier, sa mère
Être merdeux Être chanceux. Ludovick Dansereau Annie Mirandette, sa mère
Maudit colon Être niaiseux, niais. Lambert Dumont
Saint glinglin des meumeux Très loin. « C’est à Saint glinglin des meumeux. » Rosalie Noël
Dans l’ cul d’ la reine d’ l’autre d’ la mer Quand je demande à ma mère où est mon beau-père, elle me répond par cette expression. Sédrick Bédard-Audet Natacha Audet-Laferrière, sa mère, qui tient cette expression de sa mère Linda.
Mange ta main pis garde l’autre pour demain Quand je dis à mon père que j’ai faim, il me dit cette expression. Emerik Ducharme Pierre-Luc Ducharme, son père
Mange ton pied pis garde l’autre pour danser Quand je dis à mon père que j’ai faim, il me dit cette expression. Lambert Dumont Sa grand-mère et toute sa famille
L’heure de t’acheter une montre. Se dit lorsque quelqu’un demande l’heure. Alexanne Gaudet
Des bines avec du poil. Mon père me dit cette expression quand je lui demande : « Qu’est-ce qu’on mange pour souper ? » Marianne Jubinville Alexandre Jubinville, son père
Il fait noir comme dans l’ cul d’un singe. Se dit quand il fait noir. Arnaud Dulong Martin Dulong, son père
Sale comme une sous à cochon Endroit malpropre ou en désordre. « Ta chambre est sale comme une soue à cochon. » Eugène Keable-Préfontaine Stéphanie Bessette, sa mère
Dans ton cul au fond à droite Quand tu cherches un objet et que tu demandes à quelqu’un s’il ne l’a pas vu, il te répond par cette expression. Ludovick Dansereau
J’ai une faim de loup. Avoir très faim. Henry Nantel Éric Nantel et Andréanne Macameau, ses parents
Il pleut comme le yâbe. Se dit quand il pleut beaucoup. Henry Nantel Éric Nantel, son père
Le diable est enragée. Se dit quand il pleut beaucoup et qu’il tonne. Sédrick Bédard-Audet Natacha Audet-Laferrière, sa mère
Il pleut des cordes Se dit quand il pleut beaucoup. Lambert Dumont Ses parents
Il pleut comme des balles de golf. Se dit quand il grêle. Zack Bissonnette Robert Bissonnette, son grand-père
Dieu y pleure. Se dit quand il pleut. Henry / Arnaud Nantel / Dulong Leurs parents
Celui qui va à la chasse, perd sa place. Se dit quand une personne quitte sa place et revient, il perd sa place pour s’asseoir. Zachary Jobin À l’école
Manger un char de marde Se faire gronder. Alexanne Gaudet Réginald Staffort, son papi

Et vous, quelles sont vos expressions familiales ?

Avec Philippe Jetté, les élèves de l’École Saint-Joseph et la communauté de Saint-Liguori Lire la suite

« Créer, s’approprier et partager une collection de traditions orales en Nouvelle-Acadie » Lire la suite

Marielle Roy œuvre à la sauvegarde et à la transmission de la coutume de la fête et de la fabrication de la tire Sainte-Catherine à Sayabec dans La Matapédia. Dès l’âge de quatre ans, Marielle participe à la fabrication de la tire avec sa mère. Depuis 25 ans, elle prend part à la confection de ce bonbon traditionnel de façon communautaire avec une quarantaine de femmes de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (Afeas) de Sayabec. Cette activité de financement permet de confectionner environ 22 000 bouchées de tire par année. La fabrication collective se fait sur deux jours dans une ambiance festive. Chaque femme a une tâche d’attitrée, en passant par le mélange de la recette, la cuisson, le refroidissement, l’étirement, la coupe et l’emballage.

À l’occasion de la Fête de la Sainte-Catherine, une soirée Bingo est organisée où l’on offre un sac de tire à plus de 200 participants. Le succès de la fête est sans aucun doute le fait qu’elle soit intergénérationnelle et bien implanté dans le milieu depuis un demi-siècle.

Marielle Roy était présidente de l’Afeas de Sayabec lors de notre rencontre en 2013.

Ce texte est un résumé de l’entrevue réalisée par Philippe Jetté, en collaboration avec Marc-André Complaisance, le 3 juin 2013 dans le cadre de l’Inventaire du patrimoine immatériel de la MRC de La Matapédia pour la Société d’histoire et de généalogie de La Matapédia.

En savoir plus : Fiche au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Découvrez cette mobilisation collective au service de la tradition [vidéo]

Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une tasse faite d’une loupe d’arbre.

FABRICATION ET PRODUIT
Le défi de cette pratique est la cueillette de nœuds (loupes) de bouleau blanc[1], aussi appelés tétons. On retrouve cette formation (dure), propice à la fabrication de « cup », au pied de l’arbre, sur les racines, ou sur le tronc. La loupe est reconnaissable par ses racinettes. Ensuite, la « cup » extraite de l’arbre est humidifiée avant d’être sculptée. Plusieurs « gosseux » expriment leur créativité en faisant prendre à la « cup » la forme d’un animal ou d’un objet. Aussi, ils peuvent y graver un animal ou des écritures. La finition comporte le séchage, le sablage et le vernissage ou l’huilage. Une cocotte ou une pièce de bois percée et fixée à la « cup » avec une lanière de cuir sert à accrocher la tasse à son ceinturon. Celle-ci a pour fonction de puiser l’eau directement dans une source ou un cours d’eau. Avec le temps, elle est aussi devenue un objet décoratif convoité par les collectionneurs. Plusieurs appellations font écho à la « cup » : louche, tasse de rivière, tasse de canot, tasse de voyageur ou « canoe cup ».

Pitons et racinettes sur une loupe de bouleau.

CONTEXTE ET TRANSMISSION

Le « gossage de cup » s’apprend par observation. M. Jean-Louis Roy, de Mandeville, guidait les Américains à la pêche dans la Mastigouche. Il se souvient : « La mode dans les camps de pêche, c’était de jouer aux dames. Les gars étaient assis bien tranquillement à regarder la partie avec une gouge et une cup à la main. Ils gossaient d’un bord pis de l’autre. » Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une coupe (tasse) faite d’une loupe d’arbre. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées. L’épaisseur de la « cup » est testée avec les doigts. Son secret : toujours tenir la « cup » humide tant qu’elle n’est pas terminée. D’autres « gosseux » ont le secret inverse : bien faire sécher la « cup » avant de la sculpter.

Jean-Claude et Jacques Martial découvrent le gossage de cups avec Jean-Louis Roy lors d’un tournage.

MAIS D’OÙ VIENT CETTE TECHNIQUE?

L’origine du « gossage de cup » est encore inconnue. Le Musée McCord collectionne quelques coupes en loupe d’arbre. La plus ancienne, datée par le musée, remonterait à 1807. Elle proviendrait des Abénaquis. D’ailleurs, deux écoles de pensée en attribuent l’origine aux Premières Nations. Il semblerait qu’ils se gossaient une tasse pendant leurs expéditions de canot pour passer le temps le soir venu. Une autre version rapporte que les Amérindiens s’arrêtaient lors de leur portage afin de prendre le thé à même une tasse qu’ils avaient fabriquée. Au 20e siècle, les cups étaient notamment sculptées par des garde-feux, des chasseurs et des guides de pêche. Souvent, ceux-ci s’en servaient pour leur usage personnel ou encore pour les offrir aux Américains venus pêcher dans les rivières et les lacs du Québec. Plus loin de nous, en Laponie, une tasse en bois, nommée kuksa, est aussi évidée dans une loupe de bouleau.

« Cups » de Jean-Louis Roy

[1] L’essence de bois à privilégier pour « gosser une cup » est le bouleau blanc. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées.

Par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant et chargé du projet « Pour la suite du geste… rassemblons-nous ! » de la MRC de D’Autray, le 5 septembre 2017.

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