Cinq maîtres de traditions vivantes récompensés

Un nouveau programme de reconnaissance national vient d’être dévoilé virtuellement par le Conseil québécois du patrimoine vivant. Il s’agit du programme Maîtres de traditions vivantes visant à reconnaître des artistes et artisans au talent exceptionnel qui maîtrisent une pratique ou une technique transmise de génération en génération. Par le biais d’actions de transmission et de diffusion, le programme vise à faire connaître ces Maîtres sur le territoire du Québec.

Cette nouvelle initiative, soutenu par le ministère de la Culture et des Communications, s’inspire de l’appellation « ​Trésors humains vivants » de l’UNESCO, déjà en place dans plusieurs pays. Il a été dévoilé avec la participation de la ministre de la Culture, Mme Nathalie Roy.

Voici les cinq premiers maîtres de traditions vivantes du Québec.

  1. Yvonne Vollant :  artisane innue, artisanat traditionnel, contes et légendes. Mme Vollant confectionne des mocassins avec une technique apprise de sa mère.
  2. Hélène Blouin : artisane de ceinture fléchée.
  3. Jean-Paul Guimond : chanteur de chanson traditionnelle.
  4. Raynald Ouellet : accordéoniste diatonique.
  5. Stephen Jerome : Artisan Mi’kmaq, vannerie traditionnelle.

Visitez le site du programme pour plus de détails sur ses objectifs et sur les lauréats au www.maitresdetraditions.ca.

Le milieu du patrimoine vivant se rassemble virtuellement

Le Conseil québécois du patrimoine vivant (organisme de regroupement national) invite ses membres et la population mondiale à célébrer le patrimoine vivant le 30 mai prochain en direct via la plateforme Zoom dès 9 h 30 . Le grand rassemblement virtuel est ouvert à tous gratuitement. Les inscriptions sont obligatoires. La journée se divise en quatre événements (cliquez pour vous inscrire et pour plus de détails).

  1. Colloque international sur les systèmes des Trésors Humains Vivants dans le monde.
  2. Dévoilement des maîtres de traditions vivantes et conférences.
  3. Formation « Comment contribuer à Wikipédia ».
  4. Assemblée générale annuelle des membres + remise du Prix CQPV 2020 à une initiative exemplaire en patrimoine vivant + dévoilement du nouveau logo et site Web de l’organisme.

 

À l’origine de la Chasse-Galerie

À l’origine, la Chasse-Galerie ou la Chasse-Maligne est la chasse nocturne de l’âme des morts dans le ciel. La religion catholique diabolisera cette croyance en associant cette coutume pré-chrétienne au diable et au mal. Au Moyen Âge, elle deviendra une punition : un homme, qui préférait chasser plutôt qu’aller à la messe, sera obligé de traverser le ciel avec sa bande de chien pour l’éternité. En terre d’Amérique, cette chasse nocturne prendra un tournant positif, et permettra à tous de faire un pacte avec le diable[1] qui leur permettra d’aller où ils veulent, en canot volant ou sur le dos d’une vache ou d’un cochon! L’écrivain Honoré Beaugrand, natif de Lanoraie, popularise cette légende en 1900 où il situe l’histoire à Lavaltrie.

[1] Le diable joue un rôle d’éternel délinquant dans la tradition populaire. Il conclue des pactes avec des personnes dans le but d’améliorer leurs conditions de vie. En échange de son aide, le diable demande leurs âmes.

Ce résumé d’une recherche sur la légende de la Chasse-Galerie a été écrit par Philippe Jetté pour le spectacle « Le cirque tout un parkours » de Cirrus Cirkus de Saint-Lin-Laurentides. Je remercie Eveline Ménard pour le partage de ses recherches et sa révision.

« Am stram gram », une formule magique ?

Les formulettes d’élimination au jeu, comme « Am stram gram », se retrouvent dans tous les folklores du monde. Certains chercheurs soulèvent l’hypothèse que cette poésie primitive viendrait de formules magiques délaissées par les sorciers, mais reprises par les enfants.

La comptine « Am stram gram » tirerait son origine d’une incantation chamanique de Scandinavie chantée en norois, une langue commune utilisée au Moyen Âge. Selon l’historien Jean-Pierre Poly, la comptine a dû apparaître avant le IXe siècle. Voici une comparaison étonnante de l’incantation scandinave en norois (à gauche) avec la comptine québécoise (à droite).

Emstrang Gram,

Bigà bigà ic calle Gram

Bure bure ic raede tan

Emstrang Gram

Mos !

Am stram gram

Pic et pic et colegram

Bour et bour et ratatam

Am stram gram

Mais que signifient les mots de cette mystérieuse comptine ?

Toujours-fort Grain

Viens donc viens, j’appelle Grain,

Surviens car je mande au brin,

Toujours-fort Grain.

A Manger ! [cri final]

 

Tan ou brin = baguette des sorts à qui la tourneuse commande.

Gram ou grain = « grain de la Lune », le loup céleste, étoile du soir qui poursuit l’astre au crépuscule. L’ancêtre de notre loup des fabliaux, Isengrin, brutal et glouton.

 

Source : Karolina Resztak, « Am stram gram » ou à la recherche des origines de la poésie », Continents manuscrits [En ligne], 5 | 2015, mis en ligne le 15 octobre 2015, consulté le 30 avril 2020. URL : http://journals.openedition.org/coma/589 ; DOI : https://doi.org/10.4000/coma.589

Poly Jean-Pierre, « Am stram gram… » La chevauchée des chamans », L’Histoire, 2006/1 (n°305), p. 60-60. URL : https://www.cairn.info/magazine-l-histoire-2006-1-page-60.htm