« Créer, s’approprier et partager une collection de traditions orales en Nouvelle-Acadie » Lire la suite

Mélanie Boucher, collaboratrice au projet « Chansons et réflexions intimes, dans un salon ouvert ! », travaille actuellement sur un nouveau projet de médiation culturelle. Ce projet novateur porte sur la chanson traditionnelle de l’enfance, surtout celle qui accompagne la danse et le jeu. Il s’inscrit parfaitement dans la continuité des objectifs de transmission de la tradition orale du camp de jour « La P’tite semaine trad » et des ateliers jeunesse de Tradons, des conceptions de madame Boucher ayant profité à des familles québécoises de Lanaudière et d’ailleurs (Montérégie, Estrie, Côte-Nord, etc.) depuis 2017.

« Créations artistiques et transmission identitaire grâce aux chansons de l’enfance » est un projet de recherche, de documentation et d’exploration de la chanson traditionnelle de l’enfance dans des fonds d’archives du Québec, des ouvrages de références et auprès de la collectivité de sa région, Lanaudière. Les trois phases du projet culmineront à la création de trois spectacles-ateliers participatifs destinés aux familles (0 à 4 ans, 5 à 7 ans et 8 à 12 ans). Ce nouveau projet s’adresse non seulement aux enfants, mais aussi aux adultes qui les accompagnent dans leur développement.

Fidèle à sa démarche artistique, la chanteuse s’inspire de sa communauté et enrichit son répertoire par la recherche et le contact humain. « La documentation faite directement auprès des enfants, des familles et des futurs parents apporte un côté très innovant et très motivant à mon projet », mentionne madame Boucher.  En plus de la création de trois spectacles-ateliers, une activité de médiation culturelle reposant sur la création d’un atelier de transmission en lien avec le répertoire recueilli s’adressera aux adultes qui assistent l’enfant dans son développement identitaire (futurs parents, parents, grands-parents, éducateurs, enseignants, etc.).

Collaborateurs et partenaires

Afin de mener à bien son projet, Mélanie Boucher s’entoure de collaborateurs de qualité, bien connus de la région. Il s’agit de monsieur Philippe Jetté, artiste et médiateur du patrimoine vivant, et de madame Danielle Martineau, artiste, médiatrice du patrimoine vivant et spécialiste des chansons et danses traditionnelles de l’Amérique française. Les deux collaborateurs accompagneront madame Boucher dans ses recherches et ses créations. C’est aussi grâce à de nombreux partenariats que le projet « Créations artistiques et transmission identitaire grâce aux chansons de l’enfance » se déroulera d’octobre 2020 à octobre 2021 : la Garderie Les Amis de Mandoline (Sainte-Marie-Salomé), un service de garde de la Nouvelle-Acadie et la Ville de Joliette. Le projet est rendu possible grâce au soutien financier du Conseil des arts du Canada avec l’octroi d’une bourse de 17 000$.

Informations : www.tradonsensemble.com ou 450 944-0345. Suivez les activités du projet sur Facebook au https://www.facebook.com/chansonstraditionnellesquebecoises.

Rappelons que Mélanie Boucher est une chanteuse lanaudoise et porteuse de tradition qui se consacre à la transmission des traditions orales québécoises et acadiennes. Elle est aussi la présidente de Tradons, une organisation visant le développement de la tradition orale, et membre fondatrice du groupe de chansons traditionnelles « Les Pas couchables ».

Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une tasse faite d’une loupe d’arbre.

FABRICATION ET PRODUIT
Le défi de cette pratique est la cueillette de nœuds (loupes) de bouleau blanc[1], aussi appelés tétons. On retrouve cette formation (dure), propice à la fabrication de « cup », au pied de l’arbre, sur les racines, ou sur le tronc. La loupe est reconnaissable par ses racinettes. Ensuite, la « cup » extraite de l’arbre est humidifiée avant d’être sculptée. Plusieurs « gosseux » expriment leur créativité en faisant prendre à la « cup » la forme d’un animal ou d’un objet. Aussi, ils peuvent y graver un animal ou des écritures. La finition comporte le séchage, le sablage et le vernissage ou l’huilage. Une cocotte ou une pièce de bois percée et fixée à la « cup » avec une lanière de cuir sert à accrocher la tasse à son ceinturon. Celle-ci a pour fonction de puiser l’eau directement dans une source ou un cours d’eau. Avec le temps, elle est aussi devenue un objet décoratif convoité par les collectionneurs. Plusieurs appellations font écho à la « cup » : louche, tasse de rivière, tasse de canot, tasse de voyageur ou « canoe cup ».

Pitons et racinettes sur une loupe de bouleau.

CONTEXTE ET TRANSMISSION

Le « gossage de cup » s’apprend par observation. M. Jean-Louis Roy, de Mandeville, guidait les Américains à la pêche dans la Mastigouche. Il se souvient : « La mode dans les camps de pêche, c’était de jouer aux dames. Les gars étaient assis bien tranquillement à regarder la partie avec une gouge et une cup à la main. Ils gossaient d’un bord pis de l’autre. » Le «gossage de cup » consiste à sculpter, à l’aide d’une gouge, une coupe (tasse) faite d’une loupe d’arbre. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées. L’épaisseur de la « cup » est testée avec les doigts. Son secret : toujours tenir la « cup » humide tant qu’elle n’est pas terminée. D’autres « gosseux » ont le secret inverse : bien faire sécher la « cup » avant de la sculpter.

Jean-Claude et Jacques Martial découvrent le gossage de cups avec Jean-Louis Roy lors d’un tournage.

MAIS D’OÙ VIENT CETTE TECHNIQUE?

L’origine du « gossage de cup » est encore inconnue. Le Musée McCord collectionne quelques coupes en loupe d’arbre. La plus ancienne, datée par le musée, remonterait à 1807. Elle proviendrait des Abénaquis. D’ailleurs, deux écoles de pensée en attribuent l’origine aux Premières Nations. Il semblerait qu’ils se gossaient une tasse pendant leurs expéditions de canot pour passer le temps le soir venu. Une autre version rapporte que les Amérindiens s’arrêtaient lors de leur portage afin de prendre le thé à même une tasse qu’ils avaient fabriquée. Au 20e siècle, les cups étaient notamment sculptées par des garde-feux, des chasseurs et des guides de pêche. Souvent, ceux-ci s’en servaient pour leur usage personnel ou encore pour les offrir aux Américains venus pêcher dans les rivières et les lacs du Québec. Plus loin de nous, en Laponie, une tasse en bois, nommée kuksa, est aussi évidée dans une loupe de bouleau.

« Cups » de Jean-Louis Roy

[1] L’essence de bois à privilégier pour « gosser une cup » est le bouleau blanc. Par contre, d’autres essences d’arbres comme l’érable et le merisier sont aussi utilisées.

Par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant et chargé du projet « Pour la suite du geste… rassemblons-nous ! » de la MRC de D’Autray, le 5 septembre 2017.

RÉFÉRENCES

FILM

Un personnage marquant du bas de Saint-Jacques vient de nous quitter. Philippe à Camille (Plouffe) ou Le p’tit Camille demeurait sur la dernière terre du Ruisseau Saint-Georges, au ras le Ruisseau Vacher/Bas-du-village (Bas-de-l’Église). Il a demeuré dans la maison familiale (terre paternelle, côté des Gaudet) jusqu’à sa mort. Il y a vécu avec sa soeur Valéda (1927-2012). Ensemble, ils ont cultivé la terre familiale et fait les sucres.
Je me rappelle. Quand j’étais petit, mon père m’amenait faire la tournée chez Philippe et Valéda. Philippe attelait son joual et on montait au bois. Valéda faisait bouillir et les hommes ramassaient l’eau d’érable.
Philippe et Valéda font partie de ma vie depuis toujours. J’ai eu le privilège de les interviewer à deux reprises, sur les croix de chemin et sur les surnoms en Nouvelle-Acadie. Leur père venait du Ruisseau Saint-Georges (au coin sus Damien Lévesque [Chemin Plouffe/Lévesque]) tandis que leur mère (Bourgeois) venait de Sainte-Marie-Salomé. Je vous dis qu’ils en connaissaient des surnoms : Siffleux, Le singe à Racette, Jules à Godfroy, Parce que, Nous savons, La poussière, La puce à Perreault, Le Chinois à Landry, Ti-Maille (le frère du Chinois), Henri à Mérée, Les Mattapoches, Les p’tits oiseaux, Charles à Carrosse, Charles à Moïse, Jos Ménan, Bombay, Marcel à Jules, La famille Carlinton, Les pisseuses, etc.
Valéda et Philippe me contaient qu’ils allaient cueillir des petits fruits le dimanche après-midi dans le Maska quand ils étaient jeunes. Le Maska est un bois en arrière du Ruisseau Saint-Georges Sud et au ras le Chemin Lépine. Octave Brien raconte dans ses mémoires que Maska est une abréviation du mot mascotte : « Cette expression purement acadienne : aller à la mascotte signifiait : aimer aller à la cueillette des petits fruits ». Le mot Maska serait de l’attikamek signifiant : ours. Selon M. Brien, les Amérindiens ont quitté le territoire vers 1824. Il y a aussi que les ours se nourrissent de petits fruits.
J’ai eu la chance de présenter mon petit Hector à Philippe cet été avant qu’il lève les pattes. À ce moment, on a parlé de Jack Dugas (Nous savons) du Ruisseau Saint-Georges (maison abandonnée). Jack Dugas, voisin de mon arrière-grand-père, commerçait le tabac et les concombres au Marché Bonsecours. Ils étaient commerçants de père en fils. Son père, Joseph (grand-père de Marcel Dugas), commerçait la ceinture fléchée au Ruisseau Saint-Georges dans la deuxième moitié du 19e siècle. Ce jour-là, Philippe m’apprit un nouveau surnom pour Jack Dugas : Montsénior. Il entreposait sa voiture chez Camille Plouffe.
Cet homme engagé dans sa communauté a certainement marqué mon parcours. Je lui dis maintenant merci Philippe.
P.S. N’hésitez pas à me partager un souvenir de Philippe ou Valéda. 👇
Valéda Plouffe et Philippe Plouffe, 82 et 79 ans, 15 octobre 2009, à leur domicile du Bas-de-l’Église-sud, Saint-Jacques. Photo Philippe Jetté, le 15 octobre 2009.

Mon travail de médiateur du patrimoine vivant dans ma communauté est celui de catalyseur entre les porteurs de tradition, les citoyens et les acteurs du milieu.

Le développement du patrimoine vivant m’interpelle au plus haut point pour son potentiel novateur, mobilisateur, rassembleur et de mieux-être pour nos collectivités. Mon rôle est de souffler sur la braise afin de faire jaillir un bûcher où la communauté se rassemble pour célébrer, pratiquer et transmettre ses traditions.

Je vois, pour l’avenir, une communauté fière de ses racines et de ses traditions, avec un fort sentiment d’appartenance. Les gens se rassembleront en famille et en communauté pour chanter, danser et « popoter » leurs traditions, pour les générations actuelles et futures. Bref, une communauté heureuse et en santé grâce au plaisir de la tradition.

Dans le domaine du patrimoine vivant, le climat de confiance et les relations humaines sont au cœur de l’intervention. Ces relations durables nous accompagnent tout au long de notre vie et de notre carrière. Ces bases sont les racines de l’arbre qui fleurira à force d’être nourri.

Nos interventions s’inscrivent dans une démarche de développement durable. Le but est de permettre la continuité d’une ou de plusieurs traditions en assurant la transmission à une relève. Le succès de la démarche dépend de ce que l’on inspire aux gens qui apprennent, transmettent et pratiquent la tradition de même qu’aux partenaires.

Mes rencontres avec des dizaines d’héritières et d’héritiers de la tradition sont une source d’inspiration pour moi dans mon quotidien. Les gens me donnent accès à leur trésor, à leur vie intime. Souvent, sans être conscients de la richesse qu’ils portent en eux. Ils me racontent des choses qu’ils n’avaient jamais discutées auparavant et font des prises de conscience face à leur propre tradition et à l’importance de la sauvegarder. Ce geste du partage les valorise et leur permet de laisser un héritage à leur famille et à leur communauté.

Les échanges encourus alimentent mes projets et mes recherches, sans parler de mon expertise. Ils me permettent de bien cerner le contexte de pratique des traditions et de récolter des idées d’actions afin de bien intervenir pour la continuité des traditions vivantes. Ces rencontres fascinantes me donnent le goût de poursuivre et de redonner à la collectivité mes découvertes extraordinaires, dans la simplicité de la tradition.

Pour moi, la personne est au cœur de l’action !

Philippe Jetté

Le Festival Mémoire et Racines diffusera gratuitement sur sa page Facebook une série de spectacles et d’ateliers en lien avec les traditions orales du 22 au 26 juillet 2020. Philippe Jetté et Mélanie Boucher présenteront l’atelier jeunesse On s’amuse à répondre ? à la première édition de Les Veillées FMR le dimanche 26 juillet prochain à 15 h 30. Découvrez la programmation complète au memoireracines.org.

Philippe Jetté et Mélanie Boucher invitent les 8 à 12 ans et leurs familles à entrer dans l’univers du chant à répondre. Participez et apprenez des chansons pour vous amuser et les partager aux autres. La réponse facilite la mémorisation et le jeu du chant. Répondez à Philippe et Mélanie à distance, dans le confort de votre foyer !

Philippe Jetté participe au projet « Culture maison » de la Ville de L’Assomption pendant la pandémie COVID-19 qui s’abat sur le monde. « Culture maison » est une programmation culturelle à consommer sans modération, en direct de votre salon. Philippe Jetté et Mélanie Boucher y transmettent des traditions orales par le biais de quatre capsules vidéos.

  1. Chansons brèves pour se remémorer des airs de danse.
  2. Comptines et berceuse.
  3. Podorythmie (tapement de pieds).
  4. Danse-chantée.

Cette initiative permet également de s’initier divers volet culturel : photographie, musique, horticulture, cuisine, dessin, etc. Les vidéos sont disponibles sur la page Facebook Culture maison et sur la chaîne YouTube de la Ville de L’Assomption.

Vidéos

Jean Duval a soutenu, en 2013, une thèse de doctorat sur les pièces asymétriques en musique traditionnelle québécoise. Depuis 2017, il a édité six collections de pièces instrumentales traditionnelles portant sur cinq  anciens violoneux et la réédition de Le Répertoire du Violoneux de J.A. Boucher (1933). Ces collections comportent la transcription de 695 pièces traditionnelles. Elle inclut une biographie du musicien, des commentaires sur les pièces, une analyse du contenu de la collection et du style de jeu.

Jean Duval rend accessible gratuitement ses publications sur Le violon de Jos, une encyclopédie collective, multimédia et vivante de musique traditionnelle québécoise. Celle-ci vise à en promouvoir la culture, la pratique et l’apprentissage. Je vous invite à consulter ces trésors. J’en profite pour remercier Jean Duval pour ce lègue aux chercheurs et aux musiciens actuels et futurs.

Biographie de Jean Duval (tirée du Camp Violon Trad Québec)

Jean Duval est un des pionniers de la flûte dans le style traditionnel au Québec. Compositeur, multi instrumentiste, ethnomusicologue, il s’implique depuis le début des années 1980 dans le milieu de la musique et de la danse traditionnelles québécoises, irlandaises et écossaises dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Il a été membre du groupe Phenigma de 1990 à 1995, groupe avec lequel il a enregistré un album. En 2000, il a publié chez Mel Bay avec Steve Jones un recueil consacré au répertoire du musicien et conteur irlandais Packie Manus Byrne. En 2004, il a réalisé un CD des plus originaux intitulé 12 Suites trad pour flageolet à une main. Enfin, il a enregistré en 2010 l’album Pièces sur pièces en duo avec David Boulanger, violoniste de La Bottine Souriante. Parallèlement à sa profession d’agronome, il a complété en 2008 une maîtrise portant sur les compositeurs de musique traditionnelle ainsi qu’un doctorat en 2013 portant sur les « tounes croches » dans la musique traditionnelle québécoise. Il travaille présentement sur des projets d’édition musicale, toujours en musique traditionnelle.

Dans son livre « La musique et la magie : étude sur les origines populaires de l’art musical, son influence et sa fonction dans les sociétés », Jules Combarieu nous fait remonter à la nuit des temps où le chant prit forme. Les primitifs étaient dirigés par l’imagination et le sentiment. À cette époque, le rythme réglait à la fois les mots, les sons et les pas. C’est la caractéristique de l’art primitif. Les danses étaient mimétiques. Elles imitaient ce que le magicien invoquait à l’Esprit. Le chant magique était présent dans toutes les scènes de la vie quotidienne : guérir un malade, à la guerre, en travaillant, demander de la pluie, etc. Les formules magiques ont été chantées avant d’être dite et ensuite écrite. Combarieu nous expose plusieurs rites, de tuer un enfant pour demander de la pluie jusqu’à danser pendant plusieurs jours et d’imiter une guerre triomphante pour créer le courage par la simulation de la défaite de l’ennemi, accompagné de la danse et du chant bien sûr. Le mime et la danse se sont dissociés au cours des siècles. La danse de la pluie est, pour les indigènes, leur plus vieille tradition. Le premier instrument à corde est un arc à flèche. Certains peuples d’Afrique disent qu’ils jouent de l’arc lorsqu’ils font de la musique.

La répétition dans la musique a pour origine la magie chantée. Le fait de répéter trois fois revient souvent, tout comme le chiffre trois dans nos chansons traditionnelles. La divinité aime les chiffres impairs. Il y a plusieurs formes de répétitions : transposition, rythmique intégrale ou fragmentaire. On retrouve même la formule énumérative pour guérir les glandes.

On retrouve la magie également dans la religion. L’homme invoque le Dieu Tout‑Puissant, il lui demande de veiller sur lui et sur les siens et lui demande pardon. Les chants et les gestes religieux ont des origines magiques. « La musique est un pouvoir de séduction et de charme. » [La neuvaine a des procédés d’incantation magique. Elle est une répétition et invoque la Vierge et Dieu.] Dans le Kyrie eleison, on retrouve la forme A-A-A-B-B-B-A-A-A ou A-B-A, tout comme dans la majorité des incantations magiques. Même chez les animaux, on retrouve une action magique. Le mâle séduit par sa voix, et la femelle se laisse charmer.

M. Combarieu nous rappelle que le chant magique peut aussi être utilisé pour ramener des morts qu’on croyait endormi, faire perdre la férocité aux bêtes, entraîner la sécheresse, avoir des vents violents, faire passer la récolte d’un voisin sur sa terre et peut même brûler celui qui le chante s’il ne contrôle pas son interprétation.

Chez les Égyptiens, dans leurs rites, les formules devaient être exécutées sans intonation fausse, sinon ça compromettait le résultat. Quand une personne était malade, on disait qu’il était tel ou tel Dieu et qu’il possédait les mêmes immunités que ce Dieu.

« Le son est produit par le mouvement, tout est mouvement dans le monde, donc le monde est musique. »  Anciennement, on croyait que le système solaire possédait sept planètes et c’est pour cette raison que la semaine et nos modes musicaux (gammes) sont divisés en sept. Les modes les plus anciens sont divisés en cinq ou six notes pour ensuite passer par neuf notes avant d’arriver généralement à sept. Pour les primitifs, chaque note a un pouvoir particulier. Chaque mode était choisi en raison des objectifs, soit de calmer ou d’exciter les esprits. Les modes ont été délaissés en cours de route pour les modes majeur et mineur. Le mineur est plus vieux que le majeur. Au 16e siècle, les danses sont presque tous en mineur. L’avènement du mode majeur arrive vers la fin du Moyen Âge.

Le thrène était chanté dans les événements malheureux comme la mort tandis que le péan était plutôt pour des événements joyeux comme la résurrection ou le triomphe à la guerre.

La berceuse est un chant magique pour endormir. Le travailleur primitif chante pour évoquer l’Esprit ou pour pratiquer un effet sur les outils qu’il utilise et sur la matière qu’il travaille. Sans lui, son but ne peut être atteint.

Le couplet sert à exprimer une situation, c’est descriptif, et le refrain est au-delà de l’histoire. Il y a quelque chose de plus fondamentale que la situation. Le chant primitif était constitué d’onomatopées. Le poète a modifié le chant et a gardé seulement la partie incantatoire, soit le refrain qui est inintelligible. Le refrain est devenu la seule partie de la chanson qui a un rapport avec le chant magique. Des refrains peuvent avoir eu recours à l’imitation des formules magiques, ce qui est une parodie.

Nos banquets avec leur « toast » et leur prière sont d’origine rituelle.

Quelques définitions

Chant magique : chant ayant répétition, refrain et incantation.

Charme et charmeur : magicien. Ex. : On faisait charmer une plaie par le charmeur. Charme vient du mot latin « carmen ». Le carmen a désigné une formule magique et aussi un chant.

Consonne explosive : p.

Consonne sifflante : s.

Consonne dentale : t, d.

Enchanter : action très spéciale qu’on exerçait sur un objet ou sur une personne à l’aide du chant.

Incantation : association du chant et de la magie (très ancien).

Ode : musicien qui chantait ses propres vers; tout d’abord, ce fut un magicien. Chant magique. Ode était utilisée par l’église pour désigner les neuf parties du canon.

Phrygien : un des modes de la musique des anciens Grecs, au caractère fier et impétueux, intermédiaire entre le mode lydien et le mode dorien. Les habitants de la Phrygie aimaient particulièrement ce ton plein d’élan et d’allégresse.

Sources

Ce résumé de l’ouvrage de Jules Combarieu sur la musique et la magie a  été écrit par Philippe Jetté en 2009 dans le cadre d’un perfectionnement en chant et en chanson traditionnelle avec Danielle Martineau grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Combarieu, Jules. La musique et la magie : étude sur les origines populaires de l’art musical, son influence et sa fonction dans les sociétés, A. Picard et fils, Paris, 1909, 383 p.

À l’origine, la Chasse-Galerie ou la Chasse-Maligne est la chasse nocturne de l’âme des morts dans le ciel. La religion catholique diabolisera cette croyance en associant cette coutume pré-chrétienne au diable et au mal. Au Moyen Âge, elle deviendra une punition : un homme, qui préférait chasser plutôt qu’aller à la messe, sera obligé de traverser le ciel avec sa bande de chien pour l’éternité. En terre d’Amérique, cette chasse nocturne prendra un tournant positif, et permettra à tous de faire un pacte avec le diable[1] qui leur permettra d’aller où ils veulent, en canot volant ou sur le dos d’une vache ou d’un cochon! L’écrivain Honoré Beaugrand, natif de Lanoraie, popularise cette légende en 1900 où il situe l’histoire à Lavaltrie.

[1] Le diable joue un rôle d’éternel délinquant dans la tradition populaire. Il conclue des pactes avec des personnes dans le but d’améliorer leurs conditions de vie. En échange de son aide, le diable demande leurs âmes.

Ce résumé d’une recherche sur la légende de la Chasse-Galerie a été écrit par Philippe Jetté pour le spectacle « Le cirque tout un parkours » de Cirrus Cirkus de Saint-Lin-Laurentides. Je remercie Eveline Ménard pour le partage de ses recherches et sa révision.