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Comment le lien précède le savoir et fonde la continuité culturelle

Cet article explore la transmission du patrimoine vivant et du patrimoine immatériel à travers la perspective relationnelle proposée par Gordon Neufeld. Dans cette approche, les traditions ne se transmettent pas sans un lien d’attachement sécurisant.

Vivre et transmettre le savoir immatériel

La transmission du patrimoine immatériel — chants, contes, danses, musiques, savoir-faire, rituels, connaissances et expressions culturelles vivantes — ne se limite pas à répéter un savoir ou une technique. Elle prend vie dans la relation, l’échange et la participation volontaire, au cœur d’un tissu humain où le savoir est vécu avant que le sens émerge de l’expérience.

C’est dans le lien que se forge la mémoire vivante, et dans la proximité que naît le sens de la tradition. L’enfant ou l’apprenant trouve sa place dans la chaîne culturelle en observant, en imitant et en vivant le savoir, pour devenir progressivement un acteur de la tradition.

Cette approche rejoint les principes de la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui reconnaît la transmission comme un processus vivant, communautaire et évolutif.

Le maître incarne la tradition

Dans la tradition orale, le maître — conteur, musicien ou danseur — ne transmet pas seulement des gestes ou des paroles : il incarne la tradition.

L’enfant apprend en partageant un espace, une énergie, un souffle commun. Le geste, la voix, le rythme, la patience et la manière de porter le groupe — tout cela est patrimoine vivant, transmis de cœur à cœur et enrichi par la participation active de l’apprenant et de la communauté.

L’approche de Gordon Neufeld sur la transmission culturelle

Selon Gordon Neufeld, l’enfant ou le jeune n’écoute pas d’abord le contenu. Il suit le cœur de celui à qui il est attaché.

Bien que Gordon Neufeld n’aborde pas directement la transmission des traditions culturelles, son approche de l’attachement éclaire les conditions relationnelles et affectives qui rendent possible toute transmission incarnée.

La capacité à transmettre un savoir ne se commande pas par la pédagogie seule : elle naît d’un lien sûr, d’une dépendance saine et d’une présence constante.

C’est ce lien qui rend possible la participation volontaire : l’enfant s’engage, observe et imite non par obligation, mais parce qu’il se sent en sécurité et désire se rapprocher de la figure qui porte le savoir.

C’est dans le lien que la tradition prend racine, et dans le temps qu’elle trouve sa continuité.

Orientation par les pairs : un risque pour la transmission

L’orientation par les pairs, phénomène décrit par Neufeld dans Hold On to Your Kids, peut fragiliser la chaîne de transmission.

Lorsque l’enfant cherche avant tout l’approbation ou la guidance de ses camarades, la figure adulte cesse d’occuper la place de guide culturel et de référence affective, limitant ainsi la transmission d’une tradition vivante.

Ce déplacement du lien n’est pas un choix conscient, mais une réponse à un manque de sécurité relationnelle. Il limite l’accès à la vulnérabilité, à l’imitation profonde et à l’appropriation incarnée du savoir.

Dans ce contexte, la transmission ne peut être restaurée que si l’adulte reprend pleinement son rôle de figure centrale, incarnée et relationnelle, capable de tenir le lien, de faire vivre le patrimoine et de protéger l’espace où la maturation culturelle et émotionnelle peut se produire.

Pratique quotidienne et enracinement du savoir

La tradition se recrée dans le lien, et s’actualise dans le temps.

Transmettre, c’est semer : la tradition prend racine dans la pratique quotidienne qui suit la transmission.
Une transmission réussie ne se limite pas au moment où l’adulte montre ou explique un savoir : elle se construit chaque fois que l’apprenant choisit de revenir pratiquer, que ce soit pour chanter, danser, jouer, conter ou répéter un geste.

C’est cette pratique répétée et régulière, soutenue par le lien d’attachement sécurisant, qui transforme le savoir en expérience vivante et enracinée.

C’est en vivant le savoir, en y revenant et en le partageant, que le sens prend forme et s’ancre dans la tradition.

Transmettre, c’est offrir un geste à habiter, un temps pour revenir et un lien pour durer.

Sécurité émotionnelle et lien d’attachement

La transmission repose avant tout sur la sécurité émotionnelle et relationnelle offerte par l’adulte. Cette sécurité apaise le corps, ouvre la curiosité et rend possible l’apprentissage vivant.

Elle permet à l’apprenant de revenir, d’explorer, de se tromper et de faire sien le savoir transmis.

Le lien, fait de confiance, de présence et de relation incarnée, soutient la vulnérabilité nécessaire à toute véritable appropriation et permet à l’enfant de participer activement à la continuité et à l’évolution de la tradition.

La vulnérabilité émotionnelle est le seuil de l’incarnation culturelle : c’est parce que l’enfant se sent en sécurité qu’il peut laisser le savoir le traverser et devenir sien.

Recréation et continuité

La tradition ne vit pas seulement dans l’instant partagé : elle se prolonge, s’incarne et évolue, se recréant et s’actualisant de génération en génération.

Elle se nourrit du temps partagé et de la présence incarnée, puis se prolonge dans la pratique, l’appropriation et l’engagement des générations futures.

Patrimoine immatériel : un réseau vivant de transmission

En ce sens, l’approche Neufeld nous rappelle que le patrimoine immatériel ne se limite pas aux mots ou aux gestes : il prend vie dans les relations humaines qui les portent de génération en génération.

Il tisse un lien profond avec la famille, la communauté et les réseaux vivants de pratique et de transmission, permettant au savoir et à la tradition de perdurer dans le temps.

L’approche Neufeld et les principes de l’UNESCO invitent à recréer des espaces relationnels et communautaires où le patrimoine vivant peut s’enraciner, évoluer et se transmettre dans la confiance, la bienveillance et la participation active.

Ainsi, la tradition se transmet lorsque le lien précède le savoir, que la sécurité ouvre la participation, et que le temps permet au geste de s’incarner.

 

Prenons le temps de réfléchir — et d’incarner — la dimension humaine et relationnelle qui soutient la continuité de notre patrimoine vivant.

 

Par Philippe Jetté, le 3 janvier 2026

 

Philippe Jetté est un médiateur culturel, musicien et formateur québécois œuvrant à la transmission du patrimoine vivant ancré dans Lanaudière.

Gordon Neufeld est un psychologue du développement qui a montré que l’apprentissage, la maturation et la transmission reposent d’abord sur le lien d’attachement sécurisant, l’influence passant par la relation avant le contenu.

Annexe – Note d’intention

Cet article propose un regard croisé entre l’approche du psychologue du développement Gordon Neufeld et les principes de la Convention de l’UNESCO (2003) en matière de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

L’approche de Gordon Neufeld est ici mobilisée non comme une théorie du patrimoine culturel, mais comme un cadre permettant de comprendre les conditions humaines nécessaires à l’appropriation vivante des traditions.

Il explore la transmission du patrimoine vivant non comme un simple transfert de contenus ou de techniques, mais comme un processus relationnel, incarné et évolutif, enraciné dans le lien humain.

À la lumière de l’approche Neufeld, la transmission culturelle est envisagée comme dépendante d’un lien d’attachement sécurisant, condition essentielle à la participation volontaire, à l’imitation profonde et à l’appropriation vivante du savoir. En écho à la vision de l’UNESCO, ce texte défend une sauvegarde du patrimoine qui ne fige pas les pratiques, mais qui soutient leur continuité, leur recréation et leur actualisation de génération en génération, au sein des familles, des communautés et des réseaux de transmission.

Ce texte s’inscrit dans une démarche de médiation culturelle qui reconnaît que le patrimoine immatériel est avant tout un réseau vivant de relations, où le savoir se transmet par le temps partagé, la pratique incarnée et la sécurité affective, permettant aux traditions de demeurer vivantes, signifiantes et porteuses de sens.

Remerciements

Merci à Élisabeth Dufresne, permacultrice de l’enfance ancrée dans l’approche de l’attachement de Gordon Neufeld, pour sa lecture attentive et ses retours éclairants.

Références

Approche de l’attachement

  • Neufeld, Gordon, & Maté, Gabor. (2004). Hold On to Your Kids. Toronto: Vintage Canada.
  • Dufresne, Élisabeth. Documents pédagogiques sur l’attachement, la vulnérabilité, le jeu et la posture adulte. (diffusion indépendante, Québec).

Patrimoine vivant

  • UNESCO. Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

UNESCO. Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ? https://ich.unesco.org

Le Conseil de la Municipalité régionale de comté (MRC) de D’Autray a officialisé l’octroi de 7 500 $ à trois organismes culturels locaux lors de sa séance d’avril. Cette enveloppe financière a pour but de soutenir des initiatives visant à mettre en valeur et à préserver les savoir-faire traditionnels identitaires de D’Autray, soit le fléché, le tissage et le gossage de cups.

Le processus de sélection, supervisé par les membres du comité d’analyse, a bénéficié de l’expertise de Philippe Jetté, intervenant en traditions vivantes, qui a guidé les organismes et la MRC tout au long de la prise en charge par la communauté.

Les projets appuyés seront menés par le Club du Fléché D’Autray, le Cercle de Fermières de Saint-Gabriel-de-Brandon et le Club des Massigosseux.

Le Club du Fléché D’Autray, en collaboration avec le Cercle de Fermières de Saint- Norbert, recevra un soutien financier pour l’organisation d’un grand rassemblement national des flécheuses et flécheurs. Cet événement qui pourrait se tenir à l’Espace culturel Jean-Pierre-Ferland de Saint-Norbert, vise à célébrer et à promouvoir cet artisanat.

Le Cercle de Fermières de Saint-Gabriel-de-Brandon bénéficiera également d’un soutien financier pour le lancement d’une nouvelle cohorte de formation à l’automne 2024. Ce projet inclut des ateliers de tissage et un concours où les participants auront l’occasion de mettre en valeur leurs réalisations, suivi d’une activité de reconnaissance.

Le Club des Massigosseux de Mandeville recevra un soutien financier pour plusieurs activités, notamment une nouvelle session d’ateliers d’initiation au gossage de cups et une chasse aux cups. De plus, l’organisme investira dans l’acquisition d’équipements essentiels pour poursuivre sa mission de promotion et de préservation du savoir-faire local.

« Je tiens à exprimer ma gratitude envers tous les participants pour leurs propositions et leur dévouement à la promotion de nos savoir-faire, ainsi qu’aux élus, toujours attentifs à nos recommandations, qui ont renforcé leur engagement », a précisé Mme Sonia Desjardins, présidente du comité culturel de la MRC et mairesse de Saint-Norbert par la voie d’un communiqué de presse.

Pour en savoir plus sur la démarche du Lab inclusif du projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous, il est possible de consulter la section dédiée au patrimoine immatériel du www.culturepatrimoineautray.ca.

L’intervenant en traditions vivantes et artiste lanaudois Philippe Jetté s’est vu décerné le Prix Aldor – Médiation et transmission 2023 lors du Gala La Grande Rencontre du Festival Trad Montréal, le 30 août dernier. Ce dernier est organisé par l’organisme EspaceTrad.

Le jury souhaite reconnaître l’excellence des réalisations du lauréat et de son engagement pour la continuité de nos traditions culturelles.

« En octroyant un prix Médiation et transmission, le jury souhaite souligner la valeur d’un travail de terrain jugé essentiel, mais qui n’aboutit généralement pas à la reconnaissance que peut avoir un album ou un spectacle (par exemple). Une candidature est sortie du lot grâce à son adéquation parfaite à la définition du Prix. Devenu acteur incontournable de la médiation et de la transmission contemporaines, Philippe Jetté se démarque par sa polyvalence artistique qui lui permet d’offrir à ses publics un portrait complet des arts du patrimoine vivant.

Accordéoniste, câlleur, conférencier, conteur, chanteur, transmetteur et chercheur, son récent projet avec Dâvi Simard dans la transmission du répertoire musical de Lanaudière rend sa candidature encore plus pertinente. Sa présence en ligne, dans les médias et sur le terrain partout au Québec, illustre bien ses efforts pour faire connaître le trad d’aujourd’hui et le répertoire d’hier à tous les publics. C’est avec ce prix que le jury souhaite lui dire un gros merci ! »

Philippe Jetté commente cette reconnaissance. « Je me sens extrêmement honoré de me retrouver Aldorisé au côté de grands artistes et artisans de notre culture tels que Gilles Vigneault, Les Charbonniers de l’Enfer, La Bottine Souriante, Michel Faubert, Yves Lambert et Raynald Ouellet. C’est un immense privilège ! »

Découvrez le projet RÉPERTOIRES (Musique traditionnelle de Lanaudière) sur YouTube.

Le Prix Aldor – Reconnaissance a été décerné à l’accordéoniste Carmen Guérard pour souligner plus de trente ans de carrière chez EspaceTrad et sur la scène trad. Cette héroïne du milieu trad montréalais s’est littéralement dévouée corps et âme pour la valorisation et la transmission du patrimoine vivant.

Le Prix Aldor – Entreprenariat a été remis au Centre de valorisation du patrimoine vivant, Ès TRAD, de Québec. Il vise à souligner l’esprit entrepreneuriale et l’exploration de nouveaux modèles pour rendre le patrimoine vivant encore plus vivant dans la Capitale-nationale, autant auprès de la population qu’auprès des touristes.

Rappelons que Philippe Jetté est porte-parole régional des Journées de la culture 2023 pour Lanaudière. Suivez ses activités au www.traditionsvivantes.com et sur sa page Facebook « Philippe Jetté / Médiateur du patrimoine vivant ».

Philippe Jetté était l’invité de Bruno Blanchet à l’émission « Le 5 à 7 carré » sur les ondes d’Ici Première de Radio-Canada le samedi 29 juillet dernier. Il a pu parler de son métier d’intervenant en traditions vivantes et interpréter une chanson et deux morceaux à l’accordéon diatonique et aux pieds (podorythmie).

L’émission était enregistré au Festival Mémoire et Racines à Saint-Charles-Borromée. Une panoplie d’invités diversifiés était de la partie.

Écoutez l’entrevue avec Philippe Jetté.

Écoutez l’émission complète.

Répertoire

  • Dans la ville de Rouen, chanson apprise de Rémy Landry de Crabtree et originaire du Ruisseau Saint-Georges à Saint-Jacques.
  • Reel d’Henri Roy, morceau appris de Maurice Beauchamp de Saint-Lin-Laurentides et originaire de Saint-Jérôme.
  • Reel de la guénille à l’envers, morceau appris de Rogatien Venne de Saint-Thomas et originaire de Saint-Côme.

Au début du mois de mai, au sein de la salle municipale de Mandeville, le comité de suivi du Lab inclusif de la Municipalité régionale de comté (MRC) de D’Autray et la ministre du Tourisme et députée de Berthier, Mme Caroline Proulx ont accordé des reconnaissances multiples à des intervenants ayant contribué à la sauvegarde et au développement de savoir-faire traditionnels.

Plus d’une cinquantaine de spectateurs a pris part à cette célébration des accomplissements et de l’implication de Mme Marie-Berthe Guibault, M. Jean-Louis Roy, du Comité Patrimoine de Mandeville, du Club des Massigosseux et de la municipalité de Mandeville.

Les médaillés

Madame Guibault et monsieur Roy ont tous deux reçu la Médaille de la députée des mains de Mme Caroline Proulx.

Toute la filiation du fléché dans la région de Lanaudière remonte à Marie-Berthe Guibault. Cette dévouée transmetteuse a développé une approche pédagogique personnelle. Elle a élevé le savoir-faire du fléché à un niveau de pratique supérieur grâce à la confection de ceinture fléchée à facture ancienne. Son apport à la teinture végétale est également notable. Fortement impliquée dans son milieu depuis 1980 pour le développement du fléché au Québec, elle a mobilisé ses apprenants et entretenu des liens avec eux.

De son côté, M. Jean-Louis Roy a réactivé la pratique du gossage de cups consistant à sculpter une tasse dans une loupe de bouleau, un savoir-faire traditionnel identitaire mandevillois, dont il était le dernier dépositaire sur le territoire. En plus d’avoir participé à la pérennité de ses connaissances, il a permis la création du Club des Massigosseux qui en fait sa mission.

Engagement et soutien au gossage de cups à Mandeville

Lors du même évènement, la municipalité de Mandeville a été honorée pour son soutien au Comité Patrimoine de Mandeville qui est partie prenante de l’initiative Pour la suite du geste… rassemblons-nous! depuis le début de la démarche. Ses membres ont valorisé la pratique et documenté des objets anciens, en plus de réaliser trois capsules audiovisuelles. Ensuite, ils ont organisé des ateliers de transmission en collaboration avec la municipalité.

Celle-ci s’est assurée de mettre un local à leur disposition et aussi de financer l’acquisition d’équipements pour favoriser la pratique.

Cet apport de la municipalité a donné un élan aux gosseux de cups qui ensemble ont décidé de fonder le Club des Massigosseux. Le chargé de projet de la MRC, Philippe Jetté, intervenant en traditions vivantes, a épaulé ses membres tout au long des étapes menant à la constitution de l’organisme. La MRC de D’Autray a également souligné l’engagement des membres du Club pour la continuité de ce savoir-faire traditionnel sur son territoire. Le Conseil québécois du patrimoine vivant a également pris part à cette cérémonie en mettant l’accent sur l’impact des gestes porteurs pour la communauté et les savoir-faire traditionnels.

Le Laboratoire inclusif de prise en charge par la communauté pour un développement durable de savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel est rendu possible par une entente liant la MRC de D’Autray au ministère de la Culture et des Communications.

Sonia Desjardins (présidente du comité culturel de la MRC de D’Autray), les membres du Club des Massigosseux et du Comité Patrimoine de Mandeville, Michael Turcot (maire de Mandeville), Philippe Jetté (chargé de projet, MRC de D’Autray), Caroline Proulx (députée de Berthier et ministre du Tourisme) ainsi que Marie-Berthe Guibault et Jean-Louis Roy (les médaillés).

Marie-Berthe Guibault (flécheuse) et Jean-Louis Roy (gosseux de cups) ont reçu la Médaille de la députée pour leur dévouement pour la continuité de leur savoir-faire traditionnel.

La MRC de D’Autray a remis une cup réalisée par l’artisan Jean-Claude Charpentier à la Municipalité de Mandeville pour souligner leur soutien au développement du gossage de cups.

La ministre Caroline Proulx en compagnie de Jean-Louis Roy (récipiendaire de la médaille de la députée), de Sonia Desjardins (présidente du comité culturel de la MRC de D’Autray), Michael Turcot (maire de Mandeville) et Philippe Jetté (chargé de projet, MRC de D’Autray).

Gilles Pitre (représentant du Conseil québécois du patrimoine vivant) et Philippe Jetté (médiateur du patrimoine vivant et chargé de projet pour la MRC de D’Autray) avec les médaillés Jean-Louis Roy et Marie-Berthe Guibault.

Caroline Proulx (ministre du Tourisme et députée de Berthier), Marie-Berthe Guibault (flécheuse et récipiendaire), Sonia Desjardins (présidente du comité culturel de la MRC de D’Autray) et Philippe Jetté (médiateur du patrimoine vivant et chargé de projet, MRC de D’Autray).

Le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV) a élaboré un plan d’action stratégique dans la foulée de la désignation légale du jeu et de la fabrication de l’accordéon diatonique au Québec, effectuée par le ministre de la Culture en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Le travail a été réalisé en partenariat avec le Carrefour mondial de l’accordéon.

Le plan d’action est basé sur les résultats de la consultation en ligne du 9 novembre 2021 et d’une deuxième rencontre tenue à Montmagny le 30 avril 2022, auxquelles ont participé près de 70 accordéonistes et responsables d’organismes originaires des quatre coins du Québec.

La mise en œuvre du plan d’action selon quatre axes d’intervention — transmission du jeu et du répertoire musical, développement de ressources et de contenus culturels, diffusion et soutien publics, ainsi que facture d’accordéon — permettra de favoriser un développement accru du secteur, dans un esprit d’ouverture et d’équité dans le soutien public.

Une demande d’aide financière sera notamment acheminée au ministère de la Culture visant la création d’outils et de contenus culturels, auxquels pourront participer les organismes concernés.

Le document est disponible dès maintenant en version PDF sur le site du CQPV dans la section « Publications ».

Plan d’action stratégique sur le jeu et la facture de l’accordéon diatonique au Québec

Le Conseil québécois du patrimoine vivant lance un balado sur la culture traditionnelle du Québec. Le Balado Culture Trad Québec vous propose d’entrer dans l’atelier qui sent bon le bois, le plancher centenaire où résonnent les pas de gigue, le rouet qui chante aux côtés de la ceinture fléchée suspendue, la peau d’orignal que l’on s’apprête à tanner, les mains qui tressent le panier de frêne… tous des univers  et des artisan.e.s de la tradition.

Plusieurs thèmes en lien avec les traditions du Québec

Les cinq épisodes du balado explorent les savoir-faire traditionnels que sont le câll, la danse, l’artisanat autochtone, le fléché, le filage, la menuiserie d’art et la vannerie. On y entend une diversité d’accents, de points de vue, mais toujours une approche alternative et durable à l’uniformisation des cultures.

Des spécialistes de disciplines connexes (psychologie cognitive, histoire ou art thérapie) contribuent au documentaire sonore, amenant les pratiques traditionnelles hors de leur cadre habituel. Performances musicales et chansons traditionnelles, captées exclusivement pour le projet, ponctuent les récits captivants.

Avec ce balado, le CQPV fait rayonner des artistes et artisan·e·s nommé·e·s ​Maîtres de traditions vivantes.

Le lanaudois Philippe Jetté signe la narration du premier épisode « Câller une veillée de danse traditionnelle ».

Pour écouter le balado ou en savoir plus : https://www.patrimoinevivant.qc.ca/programmes/projets/balado-culture-trad-qc.

Dans le cadre du projet Transmission du Centre du Patrimoine Vivant de Lanaudière (CPVL), j’ai eu le privilège d’échanger avec Marie-Jeanne Dupuis sur une pratique culturelle traditionnelle familiale. Je vous présente ici un échantillon du bonheur que cette passionnée entretient avec son mode d’expression de prédilection : la danse traditionnelle.

Tout d’abord, la pratique de la danse traditionnelle dans la famille Dupuis (du Grand Rang de Saint-Jacques) est une tradition qui provient du côté de leur mère, la famille Thibodeau. Marie-Jeanne Dupuis (65 ans), aînée de la famille de Jean-Marie Dupuis et de Lucille Thibodeau, se rappelle des jours de l’An de son enfance chez son grand-père Armand Thibodeau dans le Rang de la Rivière-Rouge à Saint-Liguori. Ses oncles et ses tantes dansaient, mais pas son grand-père. Lui, il se réservait pour l’harmonica. Quant à sa mère, elle était toujours à la recherche d’un cavalier puisque son mari n’aimait pas danser.

C’est vers l’âge de 11-12 ans que Marie-Jeanne danse son premier « set carré », nommé La chaîne des dames. Elle a toujours senti que les enfants faisaient partie de la gang, qu’ils n’étaient pas exclus, mais plutôt les bienvenus. Elle dit : « Ça nous encourageait et ça nous motivait. » C’était une étape dans sa vie. Elle a appris à danser par imitation et sans explication.

Plus tard, c’était sa mère qui organisait les veillées, deux à trois fois par année : au jour de l’An, pendant l’hiver et à la cabane à sucre. Dès qu’il y avait un rassemblement familial, comme un mariage, ça dansait.

Lorsqu’on demande à Marie-Jeanne pourquoi elle danse, elle répond : « J’oublie tout. Ça m’énergise et ça me rappelle de très bons souvenirs. Rester assise quand un bon reel joue, c’est quasiment un supplice. » Elle nomme certaines valeurs que l’on retrouve dans la pratique traditionnelle de la danse : le rassemblement, la fête et la simplicité.

Lorsqu’on réfléchit à la simplicité de cette tradition, on constate que c’est un divertissement accessible à tous et qu’il n’y a pas de performance recherchée. On évoque aussi le fait d’être quatre couples positionnés en carré ou en cercle sans d’autre besoin qu’une musique dynamique. Celle-ci nous fait transcender et interpréter des mouvements qui se transmettent depuis plusieurs générations. Ces gestes ont tellement été pratiqués par notre collectivité qu’ils sont intégrés en nous, dans notre génétique. Nous les connaissons malgré nous, il ne reste plus qu’à les faire revivre.

Chez les Dupuis, La chaîne des dames a été remplacée par le Passez par six (Set à crochet) qu’ils ne se lassent pas de danser dans toutes les veillées.

Comment se vit la transmission de la danse aujourd’hui ?

Les « chums » et les « blondes » des membres de la famille Dupuis n’ont pas eu le choix de vivre l’expérience de la danse traditionnelle. Mme Dupuis (Lucille Thibodeau) tirait après les nouveaux arrivants dans la famille pour les faire danser : « Viens danser, viens danser ! Je ne sais pas danser. On va te le montrer, ce n’est pas grave. ». C’était elle qui « runnait la barque ». Ils apprenaient par l’exemple. Marie-Jeanne dit : « Ils voyaient qu’on s’amusait, ça se faisait naturellement. Ils apprenaient sur le tas comme on dit. » Ils se sont intégrés à cette pratique culturelle traditionnelle et par le fait même à cette famille de bons vivants. Quel bon moyen pour faire connaissance et socialiser ! Pour la plupart, c’était leur initiation.

Dans le contexte actuel, la famille Dupuis danse presque uniquement au jour de l’An. Il y a tout de même des exceptions, tel qu’une fête spéciale comme un anniversaire de mariage (25e ou 50e). Et pourquoi pas à l’Halloween ? C’est ce qu’ils ont fait la veille de la Toussaint 2012, danser. En février 2011 dans le cadre de la Saint-Valentin, j’ai eu la chance de jouer de l’accordéon pour la famille de Marie-Jeanne et de Normand Degrandpré. C’est avec le plus grand bonheur que Marie-Jeanne a dansé son premier « set » en petite famille, c’est-à-dire, avec ses enfants et ses petits-enfants. Au dernier réveillon du jour de l’An, suite à l’initiative de sa nièce, Nancy (à Jean-Pierre) Migué, toutes les générations ont eu le plaisir de partager un moment de danse familiale.

Quand l’habitude de se rassembler, chez son frère Gus, la veille du jour de l’An cessera, la passionnée réfléchit tout haut : « Quand ça va tomber, ce sera à moi de dire on fait quelque chose ici. On ne peut pas passer un jour de l’An sans danser, c’est impossible ! »

Crédits photo : Stéphane Brisson. La famille Dupuis en danse au réveillon du jour de l’An 2012, Nelson Migué au câll sous l’admiration de sa grand-mère.

Rédigé par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant, le 8 janvier 2013. Article paru dans le Bulletin d’information de la municipalité de Saint-Jacques : Le Jacobin, Février 2013, Volume 11, No 1.

Source 

Projet Transmission du Centre du Patrimoine Vivant de Lanaudière (CPVL), entrevue réalisée par Philippe Jetté auprès de Marie-Jeanne Dupuis, le 4 juin 2012.

Dans la famille Dupuis du Grand Rang de Saint-Jacques, la danse traditionnelle est au cœur des rassemblements familiaux. Rencontrée dans le cadre du projet Transmission du Centre du Patrimoine Vivant de Lanaudière (CPVL), Marie-Jeanne Dupuis m’a partagé sa vision, son amour et ses questionnements quant à l’avenir de la pratique familiale de la danse traditionnelle.

C’est vers l’âge de 11-12 ans, chez son grand-père Thibodeau à Saint-Liguori, que Marie-Jeanne, aînée de la famille de Jean-Marie Dupuis et de Lucille Thibodeau, vit une étape importante dans sa vie. Elle danse son premier « set carré », La chaîne des dames. C’est  par imitation, en dansant avec les plus vieux, qu’elle apprend les rudiments de la danse traditionnelle.

Marie-Jeanne Dupuis nomme certaines valeurs que l’on retrouve dans la pratique traditionnelle de la danse, notamment le rassemblement, la fête et la simplicité. Quand on lui demande pourquoi elle danse, elle répond : « J’oublie tout. Ça m’énergise et ça me rappelle de très bons souvenirs. Rester assise quand un bon reel joue, c’est quasiment un supplice. »

Il est vrai que la simplicité est au cœur de cette tradition. C’est un divertissement accessible à tous dans lequel il n’y a pas de performance recherchée. Le plaisir émerge du simple fait d’être quatre couples positionnés en carré ou en cercle sans autre besoin qu’une musique dynamique. Celle-ci nous fait transcender et interpréter des mouvements qui se transmettent depuis plusieurs générations. Ces gestes ont tellement été pratiqués par notre collectivité qu’ils sont intégrés en nous, dans notre génétique. Nous les connaissons malgré nous, il ne reste plus qu’à les faire revivre.

Comment se vit la transmission de la danse traditionnelle en 2013 ?

Dans la famille Dupuis, vivre l’expérience de la danse traditionnelle est obligatoire pour les nouveaux conjoint(e)s. Dans plusieurs familles, cela se veut une forme d’initiation. Malgré l’inquiétude qui habite les nouveaux initiés, ceux-ci intègrent naturellement cette coutume et par le fait même, cette famille de bons vivants. La danse traditionnelle est un excellent moyen de socialiser et d’entrer en relation avec autrui.

Au dernier réveillon du jour de l’An, toutes les générations de la famille Dupuis ont eu le plaisir de partager un moment de danse intergénérationnelle. C’est le moyen qu’a trouvé un membre de la famille pour assurer la continuité de cette pratique familiale.

La famille Dupuis en danse au réveillon du jour de l’An 2012, Nelson Migué au câll sous l’admiration de sa grand-mère. Crédits photo : Stéphane Brisson.

Dans le contexte actuel, la famille Dupuis, tout comme plusieurs familles lanaudoises, danse presque uniquement au jour de l’An. Autrefois, les gens se voisinaient et les familles se réunissaient fréquemment, il y avait donc davantage de veillées et d’occasions de danser. Force est de constater que notre société a bien changé. La consommation et l’avènement des nouvelles technologies ont apporté un isolement social, en plus de diversifier l’offre et la quantité d’activités. Le manque d’intérêt des hommes envers la danse et l’insuffisance de la transmission de génération en génération sont aussi des facteurs importants du déclin de cette pratique. Malgré cette mutation sociale, la danse traditionnelle a su perdurer jusqu’à nous.

Marie-Jeanne Dupuis se préoccupe de la continuité de cette tradition. « Ça prend des gens qui portent le flambeau », affirme-t-elle.

Et vous, portez-vous le flambeau ? Faites-vous partie d’une famille dans laquelle la danse traditionnelle est à l’honneur dans vos fêtes familiales ? Comment vivez-vous cette pratique ? Vous pouvez partager votre expérience et vos réflexions avec moi par courriel à info@traditionvivantes.com ou par téléphone au 450 397-2313.

Rédigé par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant, le 14 février 2013. Cet article avait été diffusé dans les journaux régionaux de Transcontinental. 

Culture Lanaudière offre une formation en patrimoine vivant destinée aux municipalités.

Comment réussir des interventions en patrimoine vivant en contexte municipal ?

Cette formation sur mesure vous offrira des outils pour revitaliser les traditions culturelles et s’en servir pour les bienfaits de la collectivité. Dans le cadre de cet atelier, nous aborderons les possibilités de développement du patrimoine vivant dans vos milieux afin de bien intervenir pour leur continuité et l’accompagnement des citoyens dans leur projet de sauvegarde en suscitant leur participation à la démarche. Formation sous forme d’ateliers (cours pratiques et exercices) et de cours magistraux.

Quand : 

  • Mercredi, le 26 octobre 2022, de 9 h à 17 h.

Lieu :

  • Bibliothèque Marcel-Dugas, 16, rue Maréchal, Saint-Jacques

Clientèle visée :

Personne employée dans une municipalité ou une MRC en charge de dossiers liés à la culture et au patrimoine ou personne travailleuse autonome spécialisée dans ces dossiers auprès des municipalités ou des MRC.

Objectifs 

Au terme de cette formation, les participants seront en mesure de :

  • Décrire le panorama du patrimoine immatériel;
  • Définir des avenues pour le mettre en valeur dans un contexte municipal;
  • Favoriser l’intégration du patrimoine immatériel dans une perspective de tourisme culturel.

FORMATEUR(S) | Conseil québécois du patrimoine vivant

Antoine Gauthier est à la tête du CQPV depuis 2009. Au sein de cet organisme de regroupement national, il a mené plusieurs projets, consultations, colloques, formations et publications. À titre d’expert en patrimoine immatériel et de spécialiste de la Convention de l’UNESCO de 2003, il est régulièrement amené à donner des conférences. Plusieurs de ses articles sont parus dans des publications nationales et internationales. Il détient une maîtrise des Hautes études internationales de l’Université Laval (droit, économie & sciences politiques) ainsi qu’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal. M. Gauthier a précédemment œuvré au sein de l’Organisation des villes du patrimoine mondial, de la Chaire UNESCO en patrimoine culturel de l’Université Laval, du Secrétariat d’organisation du 12e Sommet de la Francophonie (ministère des Affaires étrangères du Canada) et de la Fédération internationale des auberges de jeunesse. À titre de musicien trad et de chercheur, il a été plusieurs fois boursier des conseils des arts du Québec et du Canada.


Médiateur du patrimoine vivant, Philippe Jetté développe des projets rassembleurs et porteurs pour des municipalités, des MRC et des organismes, en plus d’initier ses propres initiatives. Il oriente ses démarches novatrices en tant que chargé de projets. Le projet Pour la suite du geste… rassemblons-nous! de la MRC D’Autray, a d’ailleurs remporté deux prix nationaux et un prix régional pour sa démarche exemplaire. Calleur, musicien, conférencier, transmetteur et chercheur, Philippe s’inspire de ses rencontres déterminantes avec des porteurs de traditions de sa région (Lanaudière) et d’ailleurs. Technicien en musique traditionnelle, Philippe est membre fondateur du groupe de musique Belzébuth et du Duo Jetté-Simard.


Christine Bricault est ethnologue, titulaire d’une maîtrise en ethnologie de l’Université Laval (2007). Elle possède une riche expérience de travail comme consultante et chargée de projets en ethnologie et patrimoine (études, enquêtes orales), tant pour des administrations publiques que des organismes culturels. Elle est également chargée de cours au département des sciences historiques de l’Université Laval depuis 2009 (Exercices méthodologiques, méthodes d’enquête orale, traditions et actions culturelles, étude de sa culture). Elle a travaillé durant plusieurs années sur une thèse de doctorat sur les transformations de la ruralité, la vitalité des milieux ruraux et l’identité villageoise. Christine pratique la danse traditionnelle; elle possède en outre quelques années d’expérience en gigue irlandaise et en gigue québécoise. Elle est originaire des Cantons-de-l’Est. Christine Bricault est coordonnatrice du Conseil québécois du patrimoine vivant depuis 2016.

INSCRIPTION : https://www.culturelanaudiere.qc.ca/formation/se-connecter

Source : Culture Lanaudière, https://www.culturelanaudiere.qc.ca/formation/formation/63/comment-reussir-des-interventions-en-patrimoine-vivant-en-contexte-municipal?.