Comment le lien précède le savoir et fonde la continuité culturelle

Cet article explore la transmission du patrimoine vivant et du patrimoine immatériel à travers la perspective relationnelle proposée par Gordon Neufeld. Dans cette approche, les traditions ne se transmettent pas sans un lien d’attachement sécurisant.

Vivre et transmettre le savoir immatériel

La transmission du patrimoine immatériel — chants, contes, danses, musiques, savoir-faire, rituels, connaissances et expressions culturelles vivantes — ne se limite pas à répéter un savoir ou une technique. Elle prend vie dans la relation, l’échange et la participation volontaire, au cœur d’un tissu humain où le savoir est vécu avant que le sens émerge de l’expérience.

C’est dans le lien que se forge la mémoire vivante, et dans la proximité que naît le sens de la tradition. L’enfant ou l’apprenant trouve sa place dans la chaîne culturelle en observant, en imitant et en vivant le savoir, pour devenir progressivement un acteur de la tradition.

Cette approche rejoint les principes de la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui reconnaît la transmission comme un processus vivant, communautaire et évolutif.

Le maître incarne la tradition

Dans la tradition orale, le maître — conteur, musicien ou danseur — ne transmet pas seulement des gestes ou des paroles : il incarne la tradition.

L’enfant apprend en partageant un espace, une énergie, un souffle commun. Le geste, la voix, le rythme, la patience et la manière de porter le groupe — tout cela est patrimoine vivant, transmis de cœur à cœur et enrichi par la participation active de l’apprenant et de la communauté.

L’approche de Gordon Neufeld sur la transmission culturelle

Selon Gordon Neufeld, l’enfant ou le jeune n’écoute pas d’abord le contenu. Il suit le cœur de celui à qui il est attaché.

Bien que Gordon Neufeld n’aborde pas directement la transmission des traditions culturelles, son approche de l’attachement éclaire les conditions relationnelles et affectives qui rendent possible toute transmission incarnée.

La capacité à transmettre un savoir ne se commande pas par la pédagogie seule : elle naît d’un lien sûr, d’une dépendance saine et d’une présence constante.

C’est ce lien qui rend possible la participation volontaire : l’enfant s’engage, observe et imite non par obligation, mais parce qu’il se sent en sécurité et désire se rapprocher de la figure qui porte le savoir.

C’est dans le lien que la tradition prend racine, et dans le temps qu’elle trouve sa continuité.

Orientation par les pairs : un risque pour la transmission

L’orientation par les pairs, phénomène décrit par Neufeld dans Hold On to Your Kids, peut fragiliser la chaîne de transmission.

Lorsque l’enfant cherche avant tout l’approbation ou la guidance de ses camarades, la figure adulte cesse d’occuper la place de guide culturel et de référence affective, limitant ainsi la transmission d’une tradition vivante.

Ce déplacement du lien n’est pas un choix conscient, mais une réponse à un manque de sécurité relationnelle. Il limite l’accès à la vulnérabilité, à l’imitation profonde et à l’appropriation incarnée du savoir.

Dans ce contexte, la transmission ne peut être restaurée que si l’adulte reprend pleinement son rôle de figure centrale, incarnée et relationnelle, capable de tenir le lien, de faire vivre le patrimoine et de protéger l’espace où la maturation culturelle et émotionnelle peut se produire.

Pratique quotidienne et enracinement du savoir

La tradition se recrée dans le lien, et s’actualise dans le temps.

Transmettre, c’est semer : la tradition prend racine dans la pratique quotidienne qui suit la transmission.
Une transmission réussie ne se limite pas au moment où l’adulte montre ou explique un savoir : elle se construit chaque fois que l’apprenant choisit de revenir pratiquer, que ce soit pour chanter, danser, jouer, conter ou répéter un geste.

C’est cette pratique répétée et régulière, soutenue par le lien d’attachement sécurisant, qui transforme le savoir en expérience vivante et enracinée.

C’est en vivant le savoir, en y revenant et en le partageant, que le sens prend forme et s’ancre dans la tradition.

Transmettre, c’est offrir un geste à habiter, un temps pour revenir et un lien pour durer.

Sécurité émotionnelle et lien d’attachement

La transmission repose avant tout sur la sécurité émotionnelle et relationnelle offerte par l’adulte. Cette sécurité apaise le corps, ouvre la curiosité et rend possible l’apprentissage vivant.

Elle permet à l’apprenant de revenir, d’explorer, de se tromper et de faire sien le savoir transmis.

Le lien, fait de confiance, de présence et de relation incarnée, soutient la vulnérabilité nécessaire à toute véritable appropriation et permet à l’enfant de participer activement à la continuité et à l’évolution de la tradition.

La vulnérabilité émotionnelle est le seuil de l’incarnation culturelle : c’est parce que l’enfant se sent en sécurité qu’il peut laisser le savoir le traverser et devenir sien.

Recréation et continuité

La tradition ne vit pas seulement dans l’instant partagé : elle se prolonge, s’incarne et évolue, se recréant et s’actualisant de génération en génération.

Elle se nourrit du temps partagé et de la présence incarnée, puis se prolonge dans la pratique, l’appropriation et l’engagement des générations futures.

Patrimoine immatériel : un réseau vivant de transmission

En ce sens, l’approche Neufeld nous rappelle que le patrimoine immatériel ne se limite pas aux mots ou aux gestes : il prend vie dans les relations humaines qui les portent de génération en génération.

Il tisse un lien profond avec la famille, la communauté et les réseaux vivants de pratique et de transmission, permettant au savoir et à la tradition de perdurer dans le temps.

L’approche Neufeld et les principes de l’UNESCO invitent à recréer des espaces relationnels et communautaires où le patrimoine vivant peut s’enraciner, évoluer et se transmettre dans la confiance, la bienveillance et la participation active.

Ainsi, la tradition se transmet lorsque le lien précède le savoir, que la sécurité ouvre la participation, et que le temps permet au geste de s’incarner.

 

Prenons le temps de réfléchir — et d’incarner — la dimension humaine et relationnelle qui soutient la continuité de notre patrimoine vivant.

 

Par Philippe Jetté, le 3 janvier 2026

 

Philippe Jetté est un médiateur culturel, musicien et formateur québécois œuvrant à la transmission du patrimoine vivant ancré dans Lanaudière.

Gordon Neufeld est un psychologue du développement qui a montré que l’apprentissage, la maturation et la transmission reposent d’abord sur le lien d’attachement sécurisant, l’influence passant par la relation avant le contenu.

Annexe – Note d’intention

Cet article propose un regard croisé entre l’approche du psychologue du développement Gordon Neufeld et les principes de la Convention de l’UNESCO (2003) en matière de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

L’approche de Gordon Neufeld est ici mobilisée non comme une théorie du patrimoine culturel, mais comme un cadre permettant de comprendre les conditions humaines nécessaires à l’appropriation vivante des traditions.

Il explore la transmission du patrimoine vivant non comme un simple transfert de contenus ou de techniques, mais comme un processus relationnel, incarné et évolutif, enraciné dans le lien humain.

À la lumière de l’approche Neufeld, la transmission culturelle est envisagée comme dépendante d’un lien d’attachement sécurisant, condition essentielle à la participation volontaire, à l’imitation profonde et à l’appropriation vivante du savoir. En écho à la vision de l’UNESCO, ce texte défend une sauvegarde du patrimoine qui ne fige pas les pratiques, mais qui soutient leur continuité, leur recréation et leur actualisation de génération en génération, au sein des familles, des communautés et des réseaux de transmission.

Ce texte s’inscrit dans une démarche de médiation culturelle qui reconnaît que le patrimoine immatériel est avant tout un réseau vivant de relations, où le savoir se transmet par le temps partagé, la pratique incarnée et la sécurité affective, permettant aux traditions de demeurer vivantes, signifiantes et porteuses de sens.

Remerciements

Merci à Élisabeth Dufresne, permacultrice de l’enfance ancrée dans l’approche de l’attachement de Gordon Neufeld, pour sa lecture attentive et ses retours éclairants.

Références

Approche de l’attachement

  • Neufeld, Gordon, & Maté, Gabor. (2004). Hold On to Your Kids. Toronto: Vintage Canada.
  • Dufresne, Élisabeth. Documents pédagogiques sur l’attachement, la vulnérabilité, le jeu et la posture adulte. (diffusion indépendante, Québec).

Patrimoine vivant

  • UNESCO. Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

UNESCO. Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ? https://ich.unesco.org

Le trio de musique traditionnelle lanaudois Garçons à marier présentera trois spectacles à Edmonton, en Alberta, les 13 et 14 mars prochains. Invité par l’Association canadienne-française de l’Alberta – régionale d’Edmonton (ACFA Edmonton), le groupe offrira deux ateliers-spectacles dans des écoles d’immersion française ainsi qu’un concert lors de la 77e édition de l’événement Cabane à sucre.

Cette tournée marque une étape importante pour le groupe, puisqu’il s’agira de sa première présence dans l’Ouest canadien et de ses premiers spectacles en Alberta. Elle s’inscrit dans la volonté du trio de développer de nouveaux marchés de diffusion et de faire rayonner la musique traditionnelle québécoise auprès des communautés francophones du Canada.

Le 13 mars, Garçons à marier animera deux ateliers-spectacles destinés aux élèves des écoles Holy Child Catholic Elementary School et Our Lady of the Prairies Catholic Elementary School, deux établissements d’Edmonton qui offrent des programmes d’immersion française. Ces rencontres permettront aux jeunes de découvrir la musique traditionnelle québécoise, ses instruments et ses rythmes, tout en explorant un pan important du patrimoine musical francophone.

Le lendemain, le trio présentera un spectacle lors de la 77e édition de la Cabane à sucre, un événement emblématique de la communauté francophone d’Edmonton. La fête aura lieu au Bonnie Doon Community League et rassemblera le public autour de la musique traditionnelle, d’activités familiales et de traditions sucrées inspirées du Québec. Cette invitation représente également pour le groupe une occasion privilégiée de rencontrer les publics francophones de l’Ouest canadien et d’y développer de nouveaux liens de diffusion.

« Cette invitation est une magnifique occasion de faire voyager la musique traditionnelle québécoise et de rencontrer les communautés francophones de l’Ouest canadien. C’est aussi une première étape pour développer des liens durables avec les diffuseurs et les publics de cette région », souligne Jean Desrochers, membre du trio Garçons à marier.

Cette tournée survient également dans une période marquante pour Garçons à marier, récemment nommé finaliste dans la catégorie « Groupe de l’année » aux Prix de musique folk canadienne / Canadian Folk Music Awards, une reconnaissance importante dans le milieu folk et traditionnel canadien.

La venue du groupe à Edmonton s’inscrit dans la mission de diffusion culturelle de l’ACFA régionale d’Edmonton, qui œuvre au rayonnement de la culture francophone en Alberta et favorise la rencontre entre les artistes et les communautés francophones en situation minoritaire.

À propos de Garçons à marier

Originaire de Lanaudière, le trio Garçons à marier est reconnu pour son énergie festive et ses arrangements percutants. Formé de Philippe Jetté, Gabriel Girouard et Jean Desrochers, le groupe propose une approche vivante et actuelle du répertoire traditionnel. Leur premier album, La dot, lancé en décembre 2024, explore les thèmes du courtisage et du mariage dans la tradition musicale francophone.

Suivez Garçons à marier sur Facebook et Instagram.

Information : www.garconsamarier.com

La Chandeleur, célébrée chaque année le 2 février, est aujourd’hui bien connue comme la fête des crêpes. Mais derrière cette tradition gourmande se cache un riche patrimoine culturel, façonné par des siècles d’observation de la nature, de pratiques communautaires et de croyances populaires, tant en Europe que dans les communautés francophones d’Amérique du Nord.

Parmi les nombreux proverbes associés à cette date, l’un des plus connus demeure :
« À la Chandeleur, la neige est à sa hauteur. »
Que signifie-t-il vraiment ? Et d’où vient l’idée de cuisiner — et parfois de faire sauter — des crêpes à cette période de l’année ? Plongeons dans l’histoire et le sens de cette fête du milieu de l’hiver.

La Chandeleur : une fête située au cœur de l’hiver

Dans le calendrier ancien, la Chandeleur marque symboliquement le point médian de l’hiver : environ six semaines après le solstice et six semaines avant l’équinoxe du printemps. À cette période, les communautés rurales observaient attentivement les signes de la nature pour essayer de prédire la fin ou la prolongation de la saison froide.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent plusieurs dictons hivernaux, dont :

« À la Chandeleur, l’hiver se meurt ou prend vigueur. »

« À la Chandeleur, la neige est à sa hauteur. »

Ces proverbes signifient que l’enneigement observé au début février donne une indication sur ce qu’il reste de l’hiver. Si la neige est abondante à la Chandeleur, l’hiver a encore de la vigueur ; si la neige se fait rare, le printemps pourrait arriver plus tôt.

Comme beaucoup de dictons météorologiques, il s’agit d’une sagesse empirique transmise oralement, non d’une règle scientifique — mais ces observations ont longtemps joué un rôle dans la gestion agricole et la vie quotidienne.

Pourquoi fait-on des crêpes à la Chandeleur ?

S’il y a une tradition indissociable de la Chandeleur en francophonie, c’est bien celle de faire des crêpes. Toutefois, cette habitude n’a pas été vécue de la même façon partout, et au Québec, elle a pris une couleur bien particulière.

La crêpe : un symbole solaire

La forme ronde et dorée de la crêpe rappelle le soleil. Au cœur de l’hiver, cuisiner ces galettes dorées représentait une manière symbolique d’inviter la lumière, la prospérité et l’abondance dans la maison.

Une tradition française qui s’est adaptée au Québec

En France, la Chandeleur s’accompagnait parfois du rituel de faire sauter la crêpe, un geste porte-bonheur bien documenté.
Au Québec, ce rituel n’a pas été transmis de façon généralisée. Toutefois, l’idée de préparer des crêpes à cette date a traversé l’Atlantique, puis s’est harmonisée aux pratiques culinaires locales.

Crêpes minces et crêpes frites : un savoir-faire d’ici

Dans de nombreuses familles québécoises, la “crêpe” traditionnelle est :

  • mince,

  • souvent cuite dans une bonne quantité de gras ou dans l’huile,

  • croustillante sur les bords,

  • servie avec du sirop d’érable, de la  mélasse, de la cassonade ou des confitures.

Ce geste — simple, rapide, nourrissant — correspond parfaitement au quotidien hivernal des familles québécoises.

Les galettes de sarrasin : un pilier de la cuisine du Québec rural

Il ne faut pas oublier la galette de sarrasin, autre pilier de nos traditions :

  • historiquement sans œufs,

  • cuite à la poêle en fonte,

  • souvent servie avec du lard salé, du beurre ou de la mélasse,

  • profondément ancrée dans les campagnes d’ici.

Bien que ces galettes ne soient pas liées exclusivement à la Chandeleur, elles faisaient partie des mets hivernaux simples et nourrissants, et pouvaient naturellement être servies le 2 février. Leur histoire québécoise rejoint celle du sarrasin comme plante de survie — abondamment cultivée lorsque le blé venait à manquer.

Crêpes et patrimoine vivant

La tradition perdure parce qu’elle rassemble :
• elle fait appel à un geste simple et accessible ;
• elle évoque des souvenirs d’enfance ;
• elle relie les générations autour d’un plaisir partagé.

C’est un magnifique exemple de patrimoine immatériel, transmis non pas par des livres, mais par les familles, les rencontres et la vie quotidienne — au Québec comme ailleurs dans la francophonie.

Comment célébrer la Chandeleur aujourd’hui ?

1. Préparer des crêpes maison

Sucrées, salées, minces, épaisses, traditionnelles ou revisitées : toutes les variations sont possibles, et toutes reflètent les influences multiples de notre culture culinaire.

2. Partager un moment en famille ou entre amis

La Chandeleur demeure un prétexte idéal pour se réunir « autour du rond », comme on le disait jadis — que ce soit autour du poêle, du poêlon ou de la table.

3. Se souvenir de nos traditions

Raconter un dicton, évoquer un souvenir, transmettre une recette : tout cela contribue au maintien de nos traditions culturelles.

Conclusion : une fête de lumière, de chaleur et de mémoire

La Chandeleur ne se résume pas à une assiette de crêpes. C’est une fête du renouveau, un rappel de la force des traditions populaires et une occasion parfaite de retisser les liens qui nous unissent.

Que la neige soit haute ou non cette année, la chaleur du poêle et la lumière des crêpes continueront d’illuminer nos maisons québécoises.

Références

  • Roy, Christian. Traditional Festivals: A Multicultural Encyclopedia. ABC-CLIO.
  • Albala, Ken. Pancake: A Global History. Reaktion Books Ltd.
  • Candlemas / Chandeleur, Encyclopédie Wikipédia (consulté récemment).
  • Chiasson, Zénon. L’Acadie des Maritimes. Centre d’études acadiennes, Université de Moncton.
  • Alimentarium. Candlemas, a Festival of Lights (Musée de l’alimentation).

Depuis les origines de l’humanité, le passage du temps a été marqué par des rituels collectifs. Bien avant l’invention des calendriers, les sociétés humaines ont observé les cycles naturels, cherchant à donner sens à la lumière et à l’obscurité, à la vie et à la survie.

L’homme des cavernes et le solstice d’hiver

Chez l’homme préhistorique, il n’existait ni jour de l’An fixe ni année numérotée. Toutefois, le solstice d’hiver, la nuit la plus longue, constituait un moment critique : à partir de ce point, les jours recommencent lentement à croître.

Les communautés se rassemblaient autour du feu, symbole de lumière, chaleur et protection, et pratiquaient :

  • Repas exceptionnels, issus de grandes chasses ou de réserves stockées, représentant l’abondance et la sécurité du groupe.
  • Chants et récits oraux, pour transmettre mythes et savoirs tout en renforçant l’identité collective.
  • Des danses et gestes rituels, visant à assurer la survie, protéger le groupe et favoriser le retour de l’abondance.
  • Échanges de vœux pour l’avenir, un rituel précurseur des souhaits du Nouvel An : chaque membre formulait des paroles pour la prospérité, la santé et la protection de tous, renforçant la cohésion sociale et symbolisant l’espoir du renouveau solaire.

Ainsi, les pratiques de nourriture abondante, de musique, de vœux et de mouvement collectif constituent un héritage millénaires.

De la préhistoire aux civilisations anciennes : ritualiser le passage du temps

Au Néolithique, l’observation des cycles saisonniers devient plus précise. Les monuments alignés sur le soleil témoignent d’une volonté de matérialiser le temps et de célébrer le renouveau.

Dans les grandes civilisations antiques, le passage d’une année à l’autre est associé à des fêtes de régénération, abondance et renouveau :

  • Saturnales romaines : banquets, chants, danses et vœux pour l’avenir.
  • Nouvel An égyptien : célébrations liées à la crue du Nil, repas festifs, offrandes et prières.
  • Nouvel An chinois : purification, musique, danses de dragons et souhaits de prospérité.

Le fil commun : nourriture abondante, souhaits pour l’avenir, chants et danse.

Les traditions du jour de l’An au Québec : héritage et transmission

En Nouvelle-France et au Québec, ces motifs se prolongent et se transforment :

  • Abondance de nourriture : tourtière, ragoût, desserts et mets partagés, symboles de prospérité et de partage.
  • Les souhaits du Nouvel An : héritage des vœux anciens, transmis oralement et parfois accompagnés de la bénédiction paternelle ou maternelle. Ces paroles expriment toujours l’espoir de santé, bonheur et prospérité, rappelant les rituels ancestraux et renforçant le lien familial et communautaire.
  • Chant et musique : chansons à répondre et airs traditionnels pour animer la fête et renforcer la mémoire collective.
  • Danse traditionnelle : sets carrés, quadrilles, contredanses et cotillons, prolongeant le mouvement collectif et le lien intergénérationnel.

Même dans le contexte urbain moderne, ces rassemblements conservent leurs éléments fondateurs, illustrant la continuité culturelle de pratiques humaines millénaires.

Le jour de l’An : un patrimoine culturel immatériel vivant

Le jour de l’An est un exemple vivant de patrimoine culturel immatériel, où mémoire, transmission et projection vers l’avenir se conjuguent. Chaque repas partagé, chaque chanson, danse et vœu formulé est un écho des rites préhistoriques et antiques, rappelant que le besoin de communauté, lumière et abondance est universel et intemporel.

 

Ligne du temps : l’évolution des rites du jour de l’An

Période Pratiques et traditions
Préhistoire (≈ 30 000 – 4 000 av. J.-C.) Rassemblements autour du feu lors du solstice d’hiver ; repas abondants ; chants et récits oraux ; danses rituelles ; vœux pour la santé et la prospérité.
Néolithique (≈ 4 000 – 2 000 av. J.-C.) Construction de monuments alignés sur le soleil (Stonehenge, Newgrange) pour célébrer le renouveau ; formalisation des rites saisonniers.
Civilisations antiques (≈ 3 000 av. J.-C. – 500 apr. J.-C.) Saturnales romaines : banquets, chants, danses et vœux ; Nouvel An égyptien : offrandes et repas festifs liés à la crue du Nil ; Nouvel An chinois : purification, danses de dragons et souhaits de prospérité.
Moyen Âge et Renaissance (≈ 500 – 1600 apr. J.-C.) Continuation des fêtes de renouveau en Europe, souvent intégrées aux calendriers religieux ; échanges de vœux, musique et danses populaires.
Nouvelle-France et Québec (≈ 1608 – 1800) Adaptation des traditions : tourtières et repas partagés, chansons et danses traditionnelles et vœux transmis oralement ou par bénédiction familiale.
Québec moderne (1900 – aujourd’hui) Maintien des pratiques ancestrales dans un contexte urbain et contemporain : repas, chants, danses et vœux pour célébrer le Nouvel An ; patrimoine culturel immatériel vivant.

Sources et références

Anthropologie et préhistoire

  • Mircea Eliade, Le mythe de l’éternel retour — Sur la notion de cycles, de rites de renouveau et de temps sacré.
  • André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole — Références fondamentales sur les sociétés préhistoriques, le symbolisme et les pratiques rituelles.
  • Marcel Mauss, Essai sur le don — Pour comprendre les logiques anciennes de partage, d’abondance et de cohésion sociale.

Solstice d’hiver et rites anciens

  • James George Frazer, Le Rameau d’or — Étude comparative des fêtes saisonnières, du solstice et des rites de régénération.
  • Ronald Hutton, The Stations of the Sun — Analyse historique des fêtes saisonnières européennes, incluant le solstice d’hiver.
  • Clive Ruggles, Ancient Astronomy — Sur les alignements solaires et la signification des monuments mégalithiques (Stonehenge, Newgrange).

Civilisations anciennes et fêtes du Nouvel An

  • Jean Bottéro, La plus vieille religion — Pour les fêtes mésopotamiennes et l’Akitu.
  • Georges Dumézil, Mythes et dieux des Indo-Européens — Pour les fêtes de renouveau et leur symbolique.
  • Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise — Contexte culturel du Nouvel An chinois et de ses rituels.

Traditions populaires et patrimoine québécois

  • Conrad Laforte, Catalogue de la chanson folklorique française — Pour les chants traditionnels et les chansons à répondre.
  • Patrice Coirault, Formation de nos chansons folkloriques — Sur l’ancienneté et la transmission orale des chants.
  • Luc Lacourcière, Essais sur la tradition orale — Référence majeure sur les pratiques festives et narratives en Nouvelle-France et au Québec.
  • Musée canadien de l’histoire et Archives nationales du Québec (BAnQ) — Documents sur le jour de l’An, la bénédiction paternelle et les traditions hivernales.

Patrimoine culturel immatériel

  • UNESCO, Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003).
  • Laurier Turgeon, Patrimoines métissés — Sur la transmission, l’adaptation et la continuité des pratiques culturelles.

 

Le power trio de musique traditionnelle lanaudois Garçons à marier est finaliste dans la catégorie « Groupe de l’année » aux prestigieux Prix de musique folk canadienne / Canadian Folk Music Awards. Le gala se tiendra à Calgary en avril 2026.

« Nous sommes très heureux d’être reconnu par nos pairs et d’être choisi parmi l’ensemble des groupes folks du Canada », s’enchante Jean Desrochers, musicien au sein du trio Garçons à marier. Pour le jeune trio qui fonctionne de manière complètement indépendante, cette reconnaissance est un tremplin pour la croissance de leur carrière à l’échelle nationale.

La formation est composée de trois artistes d’expérience consolidant ensemble un niveau d’expertise des plus riches. Les musiciens Philippe Jetté, Jean Desrochers et Gabriel Girouard sont avides de partager leur musique à travers le Québec et le Canada. Le groupe est en plein développement et concrétise, actuellement, de nombreux contacts à travers les réseaux de diffuseurs québécois et canadiens.

Leur album « La dot » (2024) est disponible sur toutes les plateformes numériques, sur Bandcamp, à la Librairie Martin (Joliette) et à L’Oblique (Montréal). Profitez de la période des Fêtes pour découvrir leur répertoire.

Suivez Garçons à marier sur Facebook et Instagram.

Information : www.garconsamarier.com.

Radio-Canada a réalisé un magnifique reportage avec Philippe Jetté et les élèves de Sept-Îles sur la transmission de la danse et la musique traditionnelles à l’école primaire. Le journaliste a interviewé les enfants sur l’heure du midi. Ce qui ajoute un charme au reportage.

Écoutez et lisez le reportage sur Radio-Canada Ohdio : Transmettre la danse et la musique traditionnelles à l’école primaire.

Philippe Jetté a réalisé 50 ateliers dans les huit écoles primaires de Sept-Îles en janvier et mai 2025. Son rôle d’artiste à l’école lui a permis de sensibiliser plus de 1 500 élèves à l’importance de cultiver nos traditions culturelles et de partager des danses, des chansons à répondre, des comptines et notre musique traditionnelle pour leur continuité. Une belle collaboration avec le Centre de services scolaire du Fer !

Le poisson d’avril est une tradition qui consiste à faire des blagues ou des farces le 1er avril. Les gens accrochent souvent un poisson en papier dans le dos de leurs amis ou font des annonces absurdes. C’est une journée de légèreté et de rires, parfaite pour surprendre ceux qui vous entourent ! Tu as des idées de blagues ou des souvenirs de poissons d’avril en tête ? Partage-les moi en commentaires.

Un peu d’histoire

L’origine du poisson d’avril est un peu floue, mais plusieurs théories existent. Voici quelques-unes des plus courantes :

  1. Changement de calendrier : Au XVIe siècle, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien a décalé le Nouvel An du 1er avril au 1er janvier. Ceux qui continuaient à célébrer le Nouvel An en avril étaient moqués et appelés « poissons d’avril ».
  2. Fêtes printanières : Certains pensent que cette tradition pourrait être liée aux célébrations du printemps et aux farces faites lors de festivals anciens.
  3. Symbolisme du poisson : Le poisson est souvent associé à la fertilité et au renouveau, ce qui pourrait expliquer son utilisation dans une journée dédiée aux blagues.

L’évolution du poisson d’avril a été influencée par divers facteurs culturels et sociaux au fil des siècles. Voici quelques étapes clés :

  1. Origines médiévales : Des blagues similaires existaient déjà au Moyen Âge, avec des festivals printaniers où les gens se moquaient les uns des autres.
  2. 16e siècle : Avec le passage au calendrier grégorien en 1582, ceux qui continuaient à célébrer le Nouvel An en avril sont devenus la cible de moqueries, posant les bases de la tradition du poisson d’avril en France.
  3. 19e siècle : La tradition s’est répandue en Europe et a gagné en popularité, avec des blagues de plus en plus créatives. Les journaux ont commencé à publier des canulars le 1er avril.
  4. 20e siècle : Les blagues se diversifient, allant des farces simples aux canulars médiatiques. La télévision et la radio contribuent à la diffusion de cette journée, avec des émissions spéciales.
  5. 21e siècle : Internet a transformé le poisson d’avril, avec des entreprises et des réseaux sociaux lançant des blagues virales. La créativité est à son comble, et les farces se propagent instantanément.

Aujourd’hui, le poisson d’avril est un événement mondial, où chacun peut faire preuve d’imagination pour surprendre ses amis et sa famille.

[EXPRESSION] Que répondez-vous à vos enfants à cette fameuse question : « Qu’est-ce qu’on mange pour souper ? » Une variété d’expression se transmet par tradition orale, de génération en génération, en guise de réponses. J’ai posé la question à mes abonnés Facebook. Leurs réponses nous démontrent bien l’humour qui accompagne le quotidien des Québécois et des Acadiens

Mon top 3

  1. Des nounes en boite pis des pets en barouette
  2. Des p’tits riens tout nus (région Évangéline, Île-du-Prince-Édouard)
  3. D’ la ratafia pis de la marde de chats

Liste des réponses

  1. De la marde pis des patates (et les enfants répondent « Ah non, pas encore des patates »)
  2. De la marde, du jello pis d’ l’eau
  3. Des atacas pis de la marde de chats
  4. D’ la ratafia pis de la marde de chats
  5. Des nounes en boite pis des pètes en barouette
  6. D’ la marde, de l’eau, du mâchemallo
  7. De la sicantine en palette
  8. Du chiard à Ménard
  9. Des pattes de serpent
  10. De la soupe aux cailloux
  11. De la marde enveloppée
  12. De la chichemarloune
  13. De la six marlouches
  14. Des artalans sautés
  15. Des briques soufflées à la sauce cailloux
  16. De la snoutte
  17. Des bines avec du poil
  18. Du challo pis d’ l’eau
  19. Du cara broum, broum, prout, prout
  20. Du piampon pis du yaya
  21. Des guines en boite
  22. De la bouillie bordelaise
  23. Une surprise râpée
  24. On mange pu
  25. Des j’cré que oui
  26. Des napkins au poivre
  27. Des p’tits riens tout nus (région Évangéline, Île-du-Prince-Édouard)
  28. Du stew (des restants)
  29. Des « bull’s eye » dans le vinaigre
  30. Une surprise râpée

Et vous, que répondez-vous à vos enfants ?

Recette : Sucre à la crème à grand-maman Hélène [Gaudet]

Voici un dessert traditionnel partagé par ma mère Ginette Brisson qui elle tient la façon de cuisiner le sucre à la crème de sa mère Hélène Gaudet, une acadienne de Saint-Jacques dans Lanaudière.

Ingrédients 

  • Crème 35 %.
  • Cassonade.
  • Beurre.

Accessoires 

  • Chaudron.
  • Cuillère en bois.
  • Plat de Pyrex ou équivalent.
  • Papier parchemin.
  • Verre d’eau.
  • Thermomètre à bonbon (facultatif).

Directives

  1. Verser 1 tasse de crème 35 %.
  2. Verser 2 tasses de cassonade.
  3. Bouillir à feu moyen jusqu’à environ 240 degrés en testant une goutte dans l’eau froide.
  4. Brasser jusqu’à ce qu’il pogne en sucre. 
  5. Beurrer un plat en Pyrex, couler et étendre le sucre à la crème.
  6. Taper le dessert avec un papier parchemin pour le mettre égal.
  7. Laisser refroidir.
  8. Tailler les morceaux de sucre à la crème en carreau.
  9. Déguster !

Cuisinons la bagatelle à Thérèse ! [1]

INGRÉDIENTS

  • Restant de gâteau, de biscuits cassés ou de biscuits Village;
  • 2 tasses de lait;
  • 2 grosses cuillères à table (soupe) de fécule de maïs;
  • 2 jaunes d’œufs;
  • 1/3 de tasse de sucre;
  • Extrait de vanille artificiel.

MODE DE PRÉPARATION

  • Disposer un rang de morceaux de gâteau ou casser des biscuits Village dans un plat;
  • Séparer les jaunes d’œuf des blancs d’œufs;
  • Battre les jaunes d’œufs avec le sucre;
  • Chauffer le lait à feu moyen et ajouter la fécule de maïs délayée dans 2 cuillères à table d’eau froide;
  • Cuire à ébullition de 8 à 12 minutes tout en brassant;
  • Incorporer les jaunes d’œufs, battus avec le sucre;
  • Ajouter quelques gouttes de vanille;
  • Brasser pendant 5 minutes;
  • Verser le mélange sur les biscuits ou les gâteaux et laisser refroidir;
  • Décorer la bagatelle à vote goût (facultatif).

Régalez-vous !

[1] Thérèse Jetté (1920-2006) est née au Ruisseau Saint-Georges à Saint-Jacques le 6 août 1920. Elle a transmis sa recette de bagatelle, héritée de sa mère, à sa fille Pierrette Jetté qui l’a transmise à son tour à sa sœur Francine et à son neveu Philippe Jetté.

Thérèse Jetté