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Lanaudière rayonne au Rassemblement patrimoine vivant 2018

Une délégation de 10 Lanaudois a participé à une grande réflexion nationale sur les traditions culturelles du Québec lors du Rassemblement patrimoine vivant 2018, du 26 au 28 octobre dernier à Québec. Organisé par le Conseil québécois du patrimoine vivant, l’événement soulignait les 25 ans de regroupement des forces vives du milieu. Plusieurs tables de travail ont permis de développer des orientations et des actions pour les différents secteurs de la culture traditionnelle.

« La force de Lanaudière est indéniable pour le développement des traditions culturelles au Québec », rapporte Philippe Jetté, président du Centre du patrimoine vivant de Lanaudière. De plus, Lanaudière regorge de porteurs de traditions, d’organisations dynamiques et est mue par un souci réel de sauvegarder les pratiques traditionnelles en les transmettant de génération en génération.

La MRC de D’Autray s’est démarqué avec son projet novateur Pour la suite du geste… rassemblons-nous ! Elle s’est faite décerner le tout premier Prix CQPV 2018 pour cette initiative exemplaire en patrimoine vivant au Québec. Philippe Jetté (chargé de projet) et Marie-Julie Asselin (responsable de la culture à la MRC de D’Autray) ont communiqué les orientations, les actions et les retombées de ce projet collectif lors d’un PechaKucha, une présentation rapide en 20 images (20 secondes par images). Le Camp de Violon Traditionnel Québécois de Lanaudière a également présenté ses actions de transmission au sein d’une semaine de rêve. La Ville de Joliette et la MRC de D’Autray ont aussi exposé leurs initiatives en patrimoine vivant à un groupe de travail sur les municipalités, les MRC et les conseils de bande.

L’organisme Les Petits Pas Jacadiens a participé activement aux tables de travail sur un plan de développement de la veillée de danse, avec le ministère de la Culture, et sur la production et la diffusion en danse traditionnelle. Les initiatives Transmission de la danse traditionnelle en Nouvelle-Acadie et Câll la veillée chez vous ! ont été présentés comme des modèles de développement novateur.

L’Association des artisans de la ceinture fléchée de Lanaudière a participé, quant à elle, à une table de travail sur les savoir-faire traditionnels. De plus, la flécheuse Marie-Berthe Guibault a offert un atelier-conférence sur la ceinture fléchée à facture ancienne.

Le Festival Mémoire et Racines a échangé avec les 33 festivals membres du réseau Festival Trad Québec sur des stratégies de communication et de mise en marché pour l’avenir. La conteuse Eveline Ménard et le médiateur du patrimoine vivant Philippe Jetté ont aussi exprimé leur point de vue quant à une éventuelle désignation ministérielle de l’art de conter et les récits de traditions orales.

Mélanie Boucher et Philippe Jetté (Chansons et réflexions intimes, dans un salon ouvert !), le duo Lépine // Branchaud, Michel Bordeleau, Eveline Ménard et Stéphanie Lépine se sont produits dans le cadre des 36 activités culturelles de la Folle bastringue entourant les célébrations.

Rappelons que le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière a pour mission de sauvegarder le patrimoine vivant de Lanaudière.

Lucien Jetté, un chanteur habité par ses chansons

« Hourra pour nous autres ! »

Voici, en hommage à un grand chanteur de la Nouvelle-Acadie décédé le 24 mars 2016, un article rédigé en mai 2014 pour le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière.

Comme à chaque édition de la Grande fête du chant traditionnel de Lanaudière, un chanteur de la région est honoré pour la transmission et la richesse de son répertoire. En 2014, le Centre du Patrimoine Vivant de Lanaudière a rendu hommage à M. Lucien Jetté.

Ce grand homme fait partie d’une espèce en voie d’extinction, les grands chanteurs de tradition orale. Lucien Jetté a mémorisé plus d’une centaine de chansons, simplement à les entendre dans des noces et des veillées familiales et communautaires.

Ces occasions de rassemblement et de fête étaient des contextes favorables pour partager du répertoire. « Les jours de l’An chez mémère Laporte, la maison était ben pleine dure, de tous les voisins pis toute la parenté. Ça chantait pis ça dansait toute la nuit. », se souvient M. Jetté.

De nos jours, les chanteurs traditionnels apprennent principalement leur répertoire, figé, sur des transcriptions, des albums de musique traditionnelle et des enregistrements d’archives qu’ils consultent à répétition pour les retenir. La société s’est transformée et les occasions de rassemblements familiaux sont de moins en moins fréquentes. Le mode de transmission doit-il se métamorphosé ? Quant à lui, Lucien Jetté croit que, dans le futur, la chanson traditionnelle se transmettra dans des veillées communautaires.

Un homme enraciné

Cultivateur retraité, Lucien Jetté habite, depuis sa naissance en 1925, le chemin de la Grande Ligne à Saint-Alexis. Il évolue dans un contexte où toutes les occasions sont bonnes pour chanter. Son père, ses oncles maternels, ses cousins, ses frères, ses sœurs et ses voisins pratiquent également le chant traditionnel.

Une famille de son voisinage a une influence prépondérante sur son répertoire, les Pelland. Originaire de l’Ontario, Romulus et ses fils sont des chanteurs aguerris que Lucien côtoie jusque dans les chantiers.

Les principaux héritiers du répertoire de Lucien Jetté sont ses neveux de La Famille Cantin avec qui il a partagé de beaux moments en famille, sur scène (entre 1998 et 2005) et sur disque (Dans le 5e rang, 2001). D’ailleurs, feu Gilles Cantin, illustre membre de La Bottine Souriante, entretenait une relation particulière avec son oncle Lucien qui lui avait transmis la majorité de son répertoire. Plusieurs de ses chansons sont devenues célèbres grâce à la popularité des groupes La Bottine Souriante et La Famille Cantin. Qui ne connait pas la chanson Dans la grande côte, elle est montée ?

Un chanteur dynamique et habité

Littéralement habité et soulevé par ses chansons, il n’est pas rare de voir Lucien s’accompagner de quelques pas de gigue et de gestes venant soutenir ses propos. L’intensité du plaisir collectif partagé de la chanson est tellement élevée, qu’il termine souvent ses chansons par : « Hourra pour nous autres ! ». Ce rituel de fin de chanson lui provient de son frère Jean-Paul.

Passionné et aimant de la chanson traditionnelle, celle-ci fait toujours partie de son quotidien. Encore à 89 ans, Lucien Jetté chante le soir pour son propre plaisir.

À l’ère des nouvelles technologies et de notre société de consommation, possédez-vous ce luxe de vous auto divertir par les chansons héritées de nos « vieux » ? Il est encore temps d’aller à la rencontre d’hommes et de femmes d’exception comme Lucien Jetté, imprégnés d’une richesse à partager.

Par Philippe Jetté, médiateur du patrimoine vivant consultant pour le Centre du Patrimoine Vivant de Lanaudière, le 12 mai 2014.

Vidéo réalisée par son petit-fils Alex Jetté-Beauchamp.